Deux ingénieurs, une intuition et une ambition : rendre visibles les signaux invisibles. Depuis Pau, Vincent Lanticq et Étienne Almoric ont co-fondé FEBUS Optics, une entreprise devenue en quelques années une référence mondiale dans la détection par fibre optique. Forte de 70 salariés, elle conçoit, teste, développe et industrialise des technologies de surveillance avancées pour protéger infrastructures, populations et environnement à l’échelle internationale.
Depuis l’enfance, Vincent Lanticq aime les sciences. Une curiosité sans doute héritée de sa mère, professeure de physique. « J’ai toujours eu envie de comprendre comment les choses fonctionnent ». Après un bac S, il intègre en 2002 l’Institut d’Optique à Paris. C’est là qu’il rencontre Étienne Almoric. « Nous étions tous deux présidents du bureau des élèves ! » Une complicité qui ne les quittera plus. Vincent poursuit ensuite avec un doctorat à Télécom Paris, tandis qu’Étienne, titulaire d’un master en physique optique, part faire ses armes en R&D (Recherche et Développement), dont deux ans aux États-Unis, avant de créer une première start-up en chimie. Il y développe une solide expérience de chef d’entreprise, pilotant une équipe d’une dizaine de personnes et un chiffre d’affaires en croissance. En 2009, Vincent rejoint Cementys, une PME française spécialisée dans la surveillance et le suivi du comportement des infrastructures et des ouvrages. Il y développe, dès 2010, une solution de détection et fait grandir son équipe. Mais très vite, une conviction s’impose. « Sur le terrain, j’ai vu les trous dans la raquette ! » En 2014, il quitte l’entreprise avec une idée en tête : aller plus loin. Il esquisse alors les premiers plans du FEBUS-G1, « un appareil qui se branche à une seule extrémité d’une fibre et permet de détecter, par exemple, des fuites sur des pipelines ou des mouvements de terrain ». De son côté, Étienne revient en France après avoir dirigé sa start-up. Directeur des ventes, financier, gestionnaire… il s’est forgé un profil complet. « Il a une compréhension technique profonde qu’il met au service de ses qualités commerciales. » En 2015, les deux hommes se lancent. « Lui avait la fibre entrepreneuriale, moi une vision technique claire. » Une complémentarité évidente, nourrie par des années de confiance.
De la start-up paloise à l’acteur international
Les débuts se font à Hélioparc. « On a commencé avec un salarié, un prototype et une première vente ». Très vite, les retours arrivent. Rapidement, le potentiel se confirme. L’entreprise affine ses technologies, structure ses premières offres et trouve ses premiers marchés. En 2018, FEBUS Optics ouvre son capital à des investisseurs, choisis pour leur capacité à accompagner dans la durée. Une étape clé pour accélérer le développement. Un an plus tard, elle change de dimension avec la création d’un centre d’essais de 445 m² dans la zone Europa. Un outil unique. « Il nous permet de tester nos systèmes en conditions réelles, de faire des démonstrations et de former nos clients. » À l’intérieur, un pipeline impressionnant : « 22 mètres de long, 33 centimètres de diamètre… on peut y simuler des fuites de gaz jusqu’à 50 bars et des fuites de liquide jusqu’à 60 degrés. » Ce positionnement très concret – tester, prouver, démontrer – devient un avantage décisif. Il rassure les industriels et accélère l’adoption de technologies encore méconnues. Dans la foulée, FEBUS Optics accélère à l’international : Houston d’abord, au coeur de l’industrie énergétique, Dubaï, puis récemment Kuala Lumpur en Malaisie. La société se rapproche également de ses marchés stratégiques et de ses grands donneurs d’ordre à l’instar de TotalEnergies ou EDF. En 2024, un partenariat est signé avec Thales pour développer des solutions de détection sous-marine destinées à la protection. Une reconnaissance supplémentaire de son savoir-faire. En juin 2025, le duo inaugure un nouveau siège à Pau, à deux pas de son centre d’essais. Laboratoires de haute précision, espaces de prototypage, bureaux… un bâtiment à la hauteur de ses ambitions. « Nous sommes présents dans 35 pays, sur tous les continents sauf l’Antarctique ! 85 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’international. Depuis 2019, la croissance de notre PME est soutenue, autour de 30 % par an. Notre but est de multiplier par 4 le taux de croissance actuel d’ici 5 ans. »
Une technologie invisible
Derrière cette réussite, il y a une formidable équipe « Nous avons 50 % d’ingénieurs dont certains s’occupent aussi de la partie commerciale et 10 % de techniciens, sans compter les secteurs communication, finances, administratif et achats. » Et bien sûr une technologie aussi discrète que fascinante : la fibre optique utilisée comme capteur. Son principe repose sur la rétrodiffusion. « Lorsque la lumière traverse la fibre, elle interagit avec son environnement. À la moindre variation de température ou de pression, le signal change. Et nous sommes capables de le détecter et de l’analyser. » Une seule fibre peut ainsi surveiller des dizaines de kilomètres en continu, en temps réel, avec une précision extrême. Une capacité qui change la manière de gérer l’ensemble des voies de communication et de transport, matériels ou immatériels. Dans un univers entièrement dépendant de pipelines, lignes électriques, tunnels, câbles télécoms…, ces technologies deviennent essentielles. Elles permettent d’anticiper les incidents, de localiser précisément les anomalies et d’intervenir plus rapidement. Les applications sont nombreuses : imagerie sismique pour mieux comprendre le soussol, suivi de température dans les puits de géothermie, détection de fuites sur les canalisations, surveillance de réseaux enterrés ou encore sécurité périmétrique de sites sensibles. Au-delà de la performance technique, c’est toute une logique de prévention qui s’impose. Plutôt que subir les défaillances, les industriels peuvent désormais les anticiper. À mesure que les enjeux de sécurité, de maintenance et de transition énergétique s’intensifient, FEBUS Optics (lauréate du concours iNov de Bpifrance et labellisée France 2030 pour deux projets, SeaGuard et VigieCâble) s’inscrit dans une dynamique de fond : celle d’un monde où l’on s’efforce de mieux observer afin de protéger davantage et de tout… capter.
■ Catherine Nerson



















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