On ne va pas se mentir, le Tribunal de commerce n’est pas un lieu où les chefs d’entreprise rêvent de se rendre. C’est même l’inverse : une étape redoutée, parfois repoussée, presque taboue. Pourtant, à Pau, l’équipe du nouveau président Olivier Ournac entend casser les idées reçues et rappeler une évidence : ici l’objectif n’est pas de sanctionner, mais d’aider. Et surtout, d’aider tôt.
Ils sont seize juges, tous chefs ou anciens chefs d’entreprise, engagés bénévolement. Une singularité dans le paysage judiciaire. C’est en janvier 2026, lors de l’audience solennelle de rentrée, qu’Olivier Ournac a pris le relais de Philippe Pedeutour, unanimement apprécié des principaux acteurs de la vie économique pour son professionnalisme et ses qualités humaines. Atteint par la règle des 18 ans de mandat maximum, il a transmis le flambeau à Olivier Ournac, à la tête de ce Tribunal de commerce palois qui veille sur toutes les sociétés de Béarn et Soule. Au coeur de l’ancien couvent de la Miséricorde, l’état d’esprit se veut ouvert et bienveillant… même si – dura lex sed lex – comme sur certains terrains de sport béarnais, le match est souvent rude. Passionné de chevaux, ancien joueur en junior à la Section Paloise, supporter des verts et blancs – même si ses origines toulousaines le poussent parfois à quelques tiraillements au Stade du Hameau -, très attaché à l’esprit collectif, Olivier Ournac l’assure : dans la difficulté, on ne gagne jamais seul. Et souvent, franchir la porte du tribunal suffisamment tôt peut suffire à relancer le match. Ici, sous le sceau de la balance de la justice, on parle économie réelle et vécu entrepreneurial. « Le Tribunal de commerce, explique Olivier Ournac, exerce deux missions principales. D’un côté, le contentieux classique entre entreprises : factures impayées, litiges contractuels entre professionnels ou avec un particulier, injonctions de payer… De l’autre, l’aspect pour lequel nous sommes le plus connus et le plus craint : les procédures collectives, sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation. » Trois étapes possibles d’un parcours difficile, mais qui ne doivent pas masquer une réalité essentielle : avant le judiciaire, il existe l’amiable.
70 % de réussite grâce au mandat ad hoc
« Pousser la porte du Tribunal demande du courage, reconnaît le président Olivier Ournac. Ce courage peut tout changer. Le dirigeant qui anticipe dispose d’un outil précieux : le mandat ad hoc, une procédure amiable, confidentielle, destinée à organiser la discussion avec les principaux créanciers. » L’objectif ? Réorganiser l’activité, retrouver de l’oxygène financier, avoir des solutions pour restructurer l’entreprise. « Pour changer de stratégie, il faut libérer des capacités financières. Le mandat ad hoc permet de passer ce cap car nous disposons d’un large éventail d’outils juridiques pour aider les dirigeants. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en prévention, près de 70 % des entreprises s’en sortent. Une fois en procédure judiciaire, ce taux tombe à 20 %. Dès les premiers signaux comme la perte d’un gros client, un changement de réglementation ou une trésorerie qui fond, il faut savoir anticiper et ne pas attendre d’être dans le rouge à la banque. Pourquoi certains tardent alors ? « Parce que l’espoir d’un marché, d’un paiement, d’une solution miracle repousse souvent la décision. On se dit que ça va s’arranger demain », observe Olivier Ournac. « Mais le temps qui passe complique tout. Les marges de manoeuvre se réduisent, la situation se dégrade, la fatigue s’installe. Car une entreprise en difficulté, c’est aussi une charge mentale permanente. On dort mal et on doute. Lorsque les dirigeants arrivent au tribunal, certains sont déjà abîmés. » Et pourtant, beaucoup repartent soulagés. Non pas parce que tout est réglé, mais parce qu’une décision a été prise. « Une fois qu’on a tranché, on va mieux », constate le président.
Une dimension humaine forte
Parce qu’ils pilotent eux-mêmes des entreprises, les juges connaissent la pression quotidienne, les nuits écourtées, l’inquiétude permanente. « Ici, il n’y a pas de jugement moral », insiste Olivier Ournac. « L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de trouver des solutions. » Et lorsque la liquidation devient inévitable, l’accompagnement ne s’arrête pas. Les dirigeants les plus fragilisés peuvent être orientés vers l’association 60 000 rebonds, qui aide à surmonter l’échec et à reconstruire un projet.
Avec l’appui du Greffe
Cette dimension humaine se prolonge dans le fonctionnement interne du tribunal. Chaque semaine, les juges siègent aux côtés de Me Caroline Houzelot, greffière du Tribunal de commerce de Pau. Véritable cheville ouvrière de la juridiction, elle organise les audiences, authentifie les actes, transmet les décisions prises par les juges. Mais le véritable combat reste celui de la prévention. Le tribunal travaille désormais main dans la main avec la Préfecture. Sous l’impulsion du préfet, Jean-Marie Girier et de la sous-préfète Joëlle Gras, des permanences sont organisées partout dans le département pour repérer en amont les entreprises fragilisées et les informer des dispositifs existants. L’idée est simple : intervenir avant l’urgence. Comme en médecine, mieux vaut prévenir que guérir. Avec un dénominateur commun à tous les dirigeants. « Pour s’en sortir, le vrai moteur, c’est la motivation du dirigeant. Nous regardons s’il est vraiment prêt à se bagarrer pour sauver sa société », insiste Olivier Ournac. Pour le reste, ceux qui viennent tôt ont davantage de solutions. Ceux qui attendent jouent souvent contre la montre. À bon entendeur. ■ L.B.



















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