À Orthez, Jérôme Bée ne se contente pas de diriger un Super U. Depuis son arrivée en Béarn, l’entrepreneur a imposé sa méthode : miser sur le frais, le fait-maison, les producteurs locaux et la proximité avec ses clients et ses équipes. Une façon de se démarquer de la grande distribution habituelle.
Il est sympa, Jérôme Bée. Décontracté aussi. Pourtant derrière cette façade avenante se cache un homme méticuleux, chef d’entreprise soucieux d’apporter sa patte très personnelle à l’un des 780 Super U implantés en France. Biberonné au commerce de proximité dès l’âge de 14 ans – « Je travaillais sur les marchés parisiens pour me faire un peu d’argent de poche. J’aidais à la vente de fruits et légumes, et j’adorais ça » –, le Normand en a rapidement assimilé les codes et le sens du contact client. Dans la famille, c’est presque un atavisme. Son oncle, propriétaire de quatre Super U dans la région de Granville, lui propose d’intégrer le groupe. « Après un bac G et un BTS, j’ai été formé pendant sept ans, puis promu responsable de magasin. » Mais l’envie d’entreprendre ne le quitte pas. « J’aurais voulu rester en Normandie mais on se serait tiré la bourre avec le tonton ! » Le hasard fait parfois bien les choses. C’est dans le Béarn, en 2011, qu’il reprend son premier Super U à Gan. « Je voulais absolument faire partie de cette coopérative dont j’apprécie l’histoire et le modèle très novateur. »
Le poids du collectif
Groupement de commerçants indépendants, la Coopérative U est en effet un modèle unique : les patrons de magasins sont des commerçants indépendants, propriétaires de leur point de vente et réunis autour du principe « une personne, une voix ». Celui-ci distingue l’enseigne des groupes contrôlés par des actionnaires extérieurs ou organisés sous un pilotage plus centralisé. Un fonctionnement auquel Jérôme Bée adhère pleinement. L’ouverture de Gan sera un véritable challenge. « J’avais 20 % d’apport personnel. J’ai demandé de l’aide aux amis, à la famille. Christelle a même vendu son appartement alors que nous n’étions pas encore mariés ! Une belle preuve d’amour et de confiance ! » Le magasin de 1 400 m² passe rapidement à 2 000 m², pour atteindre 11 millions d’euros de chiffre d’affaires. Deux ans plus tard, Jérôme Bée rachète l’U Express de Morlaàs qui avait besoin d’être redynamisé. Il le rénove à deux reprises, en 2014 puis en 2024. Le chiffre d’affaires totalise 9 millions d’euros. En juillet 2017, nouveau pari. Il reprend l’Intermarché d’Orthez, ouvert en 1995 : « Dans le contrat, le vendeur avait la possibilité de céder son magasin à une enseigne concurrente, j’ai foncé et réinvesti direct 5 millions d’euros pour des travaux d’embellissement sur la totalité du point de vente. » Plafonds noirs, étals soignés, produits alignés : le supermarché revendique sur 4 200 m2 une esthétique de halles. Et un parti pris commercial.
Sa signature : le frais et les circuits courts
Le magasin affiche aujourd’hui 42 millions d’euros de chiffre d’affaires, hors station-service, et emploie 150 salariés. Une taille qui n’empêche pas Jérôme Bée de défendre un commerce à échelle locale. « On a misé sur plus d’alimentaire, de produits frais. Il ne faut pas oublier que le branding de Super U s’articule autour de valeurs fortes : la proximité, le service et la qualité. » À Orthez, pains et pâtisseries sont fabriqués sur place par sept pâtissiers et quatre boulangers. La poissonnerie « La Marée » travaille avec les criées de Saint-Jean et d’Arcachon et possède son propre fumoir. Dix bouchers et douze personnes en cuisine complètent le dispositif traiteur. « C’est ce qui fait la vraie différence avec la concurrence : le frais, le fait-maison. » Alors que la grande distribution est souvent associée à la guerre des prix, le patron orthézien mise sur les producteurs locaux et les circuits courts. « Pourquoi aller chercher des kiwis en Nouvelle- Zélande alors qu’il y en a dans les Landes ! » Vergers Pélanne à Sault-de-Navaille, endives de Dominique Lartigau à Maslacq, pêche roussane de Monein, truite de Haute-Soule, porc Duroc du Gers, blonde d’Aquitaine des Landes ou volaille des Frères Poulet : l’enseigne collabore avec 150 partenaires locaux. « On fait également appel à l’ESAT Château Bellevue pour la découpe de canard. » Jérôme Bée revendique un rayon d’approvisionnement de 65 kilomètres pour une partie de ces produits. « Le consommateur achète des denrées de saison issues des régions avoisinantes et aide directement l’économie et les agriculteurs. Il y a un minimum d’intermédiaires entre le producteur et l’acheteur et la réduction du transport limite l’empreinte carbone liée aux déplacements de la nourriture. » Autre cheval de bataille : l’anti-gaspillage. « Les produits frais invendus sont d’abord démarqués, puis donnés à la Croix-Rouge, aux Restos du Coeur et au Secours populaire, via la société Comerso qui nous accompagne dans la démarche de A à Z, sur la logistique, l’administratif, la traçabilité. » Des paniers antigaspi sont également proposés à 2,50 euros. Le magasin recycle par ailleurs ses déchets et produit une partie de son électricité grâce au photovoltaïque, avec 25 % de consommation électrique autoconsommée.
Un acteur de la vie locale
Avec environ 3 000 clients par jour dont un tiers est Landais, le Super U est aussi devenu un acteur du territoire. « Nous sommes très sollicités par les associations sportives, sociales, les écoles maternelles ou les clubs des aînés. En général, on répond positivement à 95 %. » US Orthez Basket, Handball, Rugby, ES Pyrénéenne de Biron, clubs de tennis de Lacq, Salies et Orthez : la liste des partenaires s’est allongée au fil des années. Dernier arrivé : l’Élan Béarnais. « Je l’ai fait pour restituer au territoire ce qu’il m’a apporté pendant toutes ces années, saluer la fidélité de la clientèle, donner un coup de main à un club remonté en élite, dont la genèse est Orthez. Et puis bien sûr par amour du sport ! » Dans son bureau jonché de photos de motos, où sa Triumph Bonneville tient une place de choix, Jérôme Bée n’est décidément pas à court d’idées. Sa dernière en date ? Recruter un « Monsieur Loyal », sorte de maître de cérémonie du magasin, chargé d’accompagner adultes et enfants et de présenter produits et équipes. « Ce serait génial, non ? ».
■ Catherine Nerson


















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