Dans les Pyrénées, les scientifiques de l’IPREM étudient les tourbières depuis le Béarn pour comprendre leur rôle dans le stockage du carbone. Explication.
À première vue, la tourbière n’a rien d’un paysage spectaculaire. Sol humide, végétation discrète, accès parfois difficile : ces zones restent méconnues du grand public. Pourtant, elles comptent parmi les écosystèmes les plus précieux pour lutter contre le réchauffement climatique. Elles stockent environ 30 % du carbone terrestre alors qu’elles couvrent seulement 3 % des surfaces émergées.
Des réservoirs de carbone sous surveillance
Dans les Pyrénées, les chercheurs de l’IPREM (Institut des sciences analytiques et de physico-chimie pour l’environnement et les matériaux, unité mixte CNRSUPPA) suivent leur évolution dans le cadre du projet européen Life Pyrenees4Clima. Leur terrain d’étude principal est la tourbière de l’Auga, à Louvie-Juzon, en vallée d’Ossau qui fait partie des « tourbières sentinelles », choisies pour observer sur le long terme les effets du changement climatique. « Nous avons sélectionné des sites représentatifs qui servent de témoins des changements environnementaux », explique Béatrice Lauga, chercheuse à l’IPREM. La tourbière de l’Auga présente un autre intérêt : sa proximité avec Pau permet d’associer recherche scientifique et actions de sensibilisation auprès du public et des étudiants. Du terrain béarnais aux analyses en laboratoire Pour comprendre l’évolution de ces milieux, les équipes de l’IPREM réalisent régulièrement des relevés et des prélèvements : température, niveau de la nappe phréatique, pH de l’eau et de la tourbe, échantillons de sphaignes ou encore d’eau interstitielle. Ces prélèvements sont ensuite étudiés et analysés afin d’identifier les espèces présentes et d’étudier les communautés microbiennes qui peuplent la tourbe. Tous ces indicateurs permettant de mesurer l’impact du dérèglement climatique.
Un mécanisme fragile
« Tant que la tourbière reste gorgée d’eau, le manque d’oxygène ralentit la décomposition de la matière organique. Une tourbière fonctionne parce qu’elle est inondée. Cette présence d’eau ralentit l’activité des microorganismes responsables de la décomposition », rappelle Béatrice Lauga. Mais lorsque ces milieux s’assèchent, la matière organique se dégrade plus rapidement et le carbone accumulé pendant des siècles peut être relâché dans l’atmosphère sous forme de CO2. Les tourbières jouent aussi un rôle essentiel dans la gestion de l’eau. Véritables « éponges naturelles », elles absorbent les précipitations puis les restituent progressivement, limitant ainsi le ruissellement et contribuant au maintien des ressources en eau. Les scientifiques cherchent aujourd’hui à répondre à une question majeure : les tourbières françaises continuentelles toutes à stocker du carbone ou certaines sont-elles devenues émettrices ? Les analyses menées dans le Béarn doivent apporter des réponses et aider les gestionnaires à mieux protéger ces écosystèmes discrets mais essentiels.
■ C.N.


















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