Dans l’aéronautique, Mécaprécis 64 est une pépite de savoir-faire. Sur la zone Aéropolis d’Assat, l’entreprise usine des pièces de précision pour le secteur et pas que… À sa tête depuis presque 20 ans, Soraya Ballion, posée et déterminée. Avec ses équipes, elle a su traverser les crises pour consolider l’édifice et s’offrir de belles perspectives.
En ce vendredi après-midi, le calme a gagné l’atelier de Mécaprécis 64. Pas un bruit à l’horizon. Les machines, qui tournent habituellement non-stop de 6 h à 21 h 45, sont muettes. « L’équipe d’après-midi est venue me voir et m’a demandé une organisation des horaires pour avoir un long weekend et ne pas travailler le vendredi après-midi, sachant qu’elle reprend le lundi à 6 h », explique Soraya Ballion, qui prône la RSE et le management participatif même si elle reste la seule décisionnaire.
Depuis 2008, elle dirige cette société spécialisée dans l’usinage de pièces de précision, de la plus petite au diamètre 500, notamment pour le secteur aéronautique. Mais pas que. « Une partie de l’activité est orientée vers l’hélico. Et une autre plutôt aviation civile : A320, A330, A350. J’ai même fait de la réparation de pièces pour l’A380. Nous intervenons aussi à la demande sur des prototypes pour des structures qui font de la recherche (UPPA). Ou encore des outillages spécifiques pour le médical et le nucléaire. »
Le conseil avant la direction
Cette diversification, Soraya Ballion l’a souhaité pour stimuler les équipes et leur démontrer la reconnaissance de leurs savoir-faire par l’extérieur. Il y a une ligne directrice pour la dirigeante : cette envie de se challenger. Qui pourrait être la légende de sa vie.
Car l’entrepreneuriat n’était pas vraiment à son programme même si elle a majoritairement baigné cet univers. D’une formation gestion finance, elle a d’abord été professeur en sciences économiques pendant une quinzaine d’années. À son arrivée en Béarn au milieu des années 90, après un DESS en gestion d’entreprise, elle entre dans un cabinet d’expertise-comptable, d’abord sur un portefeuille de clients en comptabilité et fiscalité. Avant de devenir consultante pour les sociétés.
« Je les accompagnais dans leurs projets de développement, d’investissement. Et je sentais que je vibrais à chaque fois », explique la dirigeante curieuse, prête à acquérir des compétences. Jusqu’au point de sauter le pas. « En 2008, parmi les dossiers, je vois passer une entreprise qui devait être vendue. Avec un associé au profil technicien d’usinage, on se lance. »
De Narcastet à Assat
Quelques mois après le rachat, la crise mondiale a donné le ton de l’aventure. À peine la reprise de l’économie enclenchée, en 2012, la décision de quitter le local de Narcastet pour la zone Aéropolis d’Assat est prise. Un investissement d’1,5 million d’euros, non négligeable pour une PME, mais nécessaire. « Quand on est chef d’entreprise, il faut savoir prendre des risques ; si nous voulons avoir des certitudes ce n’est pas la peine. Même en restant sous la couette, on n’est pas certain de ne pas recevoir le plafond sur la tête ! », image Soraya Ballion avec le sourire.
« Il faut avoir une certaine capacité à supporter l’incertitude, le risque, les impondérables et il faut gagner la confiance du client. Il n’est pas rare qu’un client nous contacte pour une urgence, cette structure à la capacité de répondre avec une agilité nécessaire de nos jours. Mais cela fait plus de 15 ans maintenant et je ne regretterai jamais ce que j’ai fait. Il y a une satisfaction d’être là, à sa place. »
Lauréat de France 2030
Le départ de son associé en 2017 et le rachat de ses parts, la crise Covid, la reconnaissance de ses pairs : Soraya Ballion regarde le travail réalisé avec la douzaine de collaborateurs, fière « d’être organisé, structuré et équipé comme une entreprise de 30 à 40 personnes ».
L’aéronautique, en pleine relance, a permis à Mécaprécis 64 de faire deux très belles dernières années. Et la question de souveraineté nationale offre une nouvelle flèche à l’arc de l’entreprise avec l’activité défense. « Nous travaillons à moins de 10 % pour ce secteur et la part va augmenter. Les entreprises d’usinage de précision aéronautique, comme la nôtre, sont certifiées EN 9 100. C’est obligatoire pour la Défense. On attend avec impatience ce ruissellement depuis les grands groupes. »
Puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Mécaprécis 64 vient d’être récemment lauréate du plan France 2030, qui accompagne les acteurs innovants dans le pays. Ce soutien financier, dont le montant n’a pas été dévoilé, permettra d’investir sur le parc de machines pour une nouvelle diversification. Soraya Ballion lâche quelques indices. « Nous pourrions faire des pièces plus grandes qu’actuellement, augmenter les cadences de production. Je suis également consultée sur une pièce en relation avec le secteur de l’énergie. »
La dirigeante, très impliquée dans les organisations locales à la CCI Pau Béarn comme vice-présidente pour l’industrie et à l’UIMM, ajoute que « les petites entreprises sont de vrais lieux de savoir-faire. Ce sont des diamants qu’il faut protéger. » Mécaprécis 64 en fait partie.


















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