La question de l’eau dans le 64 est transversale et cruciale, pour les usagers comme pour les professionnels. Initiées par la préfecture et le département, les premières Assises départementales de l’eau des Pyrénées-Atlantiques ont été organisées le 7 novembre dernier. Un pas vers des solutions pour tous.
C’est parce que le sujet est majeur – nous sommes tous des usagers de l’eau – qu’ont été organisées les premières Assises départementales de l’eau, à l’hippodrome de Pau. Pilotées par la préfecture et le département, initiées par le Préfet Jean-Marie Girier et le Président du conseil départemental, Jean-Jacques Lasserre, elles ont eu pour objectif de présenter la thématique de l’eau dans le 64 sous toutes ses coutures – captation, stockage, eaux de montagne, de baignade, potables, usées, rivières – et pour tous – grand public, agriculteurs, industriels. Trois cents personnes ont répondu à cet appel d’un dialogue « constructif et concret », selon les mots du Préfet lors de sa présentation des Assises le 30 octobre dernier, renouvelant ainsi son objectif d’en faire un marqueur fort pour le 64.
L’eau, un bien commun à préserver
« L’eau est sans doute le sujet prioritaire pour notre territoire dans les années à venir. C’est stratégique, car c’est la matrice de notre développement territorial pour l’agriculture, l’industrie mais aussi la production énergétique. Il faut mettre en avant ce qui marche, il faut agir maintenant, pas dans 10 ou 20 ans » constate Jean-Marie Girier. « On doit mesurer le caractère critique de l’eau. En trois ans, on a connu deux sécheresses majeures en 2022 et 2025. Cet été, 85 % du territoire du 64 a été placé sous restriction, 25 % des communes ont été en état d’alerte, 350 000 habitants du 64 ont été impactés. » Plus que jamais, l’eau est apparue comme un bien commun à préserver. Un constat repris par Jean-Jacques Lasserre. « Avec 18 000 km de cours d’eau, autour de 1 500 mm de pluie par an dans le département, on pourrait se penser béni des dieux, mais il faut agir : sur le partage de cette ressource, on doit dialoguer et trouver des solutions d’équilibre convenable. L’autre sujet est la gestion du risque inondation, on l’a vu avec les événements de la vallée d’Aspe et le problème de la Corniche au Pays basque. » Dans ce contexte se sont tenues des Assises organisées pour « choisir plutôt que subir et faire se rencontrer tous les acteurs de l’eau » justifie le Préfet. Soit le maraîcher et l’industriel, le pêcheur du dimanche, le baigneur de la Côte et l’intercommunalité… Avec un fil conducteur, rechercher des éclairages scientifiques et mettre en avant des initiatives positives : un kiwiculteur expérimentant le goutte-à-goutte (Earl Coutrouilh) ; un autre l’irrigation de précision (Earl de la Pene de Mu, voir encadré ci-contre) ; une brasserie réutilisant ses eaux usées traitées dans son process industriel (Brasserie du Pays basque) ; un industriel ayant réduit de 30 % sa consommation d’eau grâce à la technologie (Toray).
Savoir réutiliser l’eau
Trois enjeux ont été rappelés : économiser la ressource, réduire mais aussi réutiliser, assurer la qualité de l’eau (eau potable, eaux de baignade sur le littoral du 64, préservation des milieux aquatiques) et travailler sur la gouvernance. « On a du chemin à faire, le nombre d’autorités organisatrices gérant l’eau potable et l’assainissement dans le 64 s’élève à 138 (79 pour l’assainissement, 59 pour l’eau potable, NDLR). Il faut faire baisser ce chiffre d’ici un an, on a financé des études pour regrouper des syndicats » a rappelé Jean-Marie Girier. Objectif : réduire, mutualiser, alléger les millefeuilles de la gestion de l’eau. La matinée des Assises s’est conclue par la signature d’une convention entre la Préfecture, le Département, l’Agence de l’eau et la Banque des territoires, deux outils pour structurer et investir sur ces sujets. Message d’optimisme, voeu pieux ou premier pas ? Ce qui ne fait pas polémique, c’est la nécessité de ne pas laisser dériver le territoire sur le sujet de l’eau. Pour qu’au milieu du 64, coulent encore des rivières…
■ Nathalie Faure
De l’eau au compte-gouttes pour les kiwis
Installée à Castagnède, sur le bassin-versant du Gave d’Oloron, l’EARL de la Pene de Mu est un kiwiculteur qui exploite 5,5 hectares et quatre parcelles de kiwis jaunes et verts. Sa gérante Marilyn Cazemajor, qui préside aussi l’association locale des irrigants du secteur, l’ASA de Larribère, a adapté ses pratiques d’irrigation vers plus de sobriété. « Nos parcelles sont équipées de micro-aspersion et de sondes capacitives qui mesurent l’état hydrique du sol et de systèmes antigel pour l’hiver. » Aujourd’hui manuelle, l’ouverture des vannes sera bientôt pilotée informatiquement. Un outil supplémentaire pour réagir aux changements climatiques, trop-plein ou manque d’eau, et n’apporter que les quantités nécessaires à la terre en préservant les milieux naturels.
110
millions de m3 d’eau consommée sur le département (hors usage énergie) : 60 % pour l’eau potable, 24 % pour l’irrigation, 16 % pour l’industrie. D’ici 2030, les projections des experts météorologues annoncent une baisse de 17 % des précipitations durant l’été.
En Béarn, l’enjeu est moins le stockage de l’eau que le partage de l’eau. Il faut que le stockage soit multiusages.
Jean-Marie Girier, le Préfet des Pyrénées- Atlantiques. Ici, aux côtés de Jean-Jacques Lasserre lors de la présentation des Assises départementales de l’eau au Parlement de Navarre le 30 octobre.




















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