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Canicule : les artisans du bâtiment doivent-ils s’adapter au mur climatique ?

Une enquête de la Capeb auprès de 2 200 artisans du bâtiment révèle l’impact croissant des épisodes climatiques sur les chantiers, les conditions de travail et les revenus.

Alors que la France connaît des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et intenses, les artisans du bâtiment sont en première ligne face aux effets du dérèglement climatique. Une enquête menée par la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) auprès de plus de 2 200 professionnels dresse un constat sans appel : les aléas climatiques deviennent une contrainte structurelle pour les petites entreprises du secteur. Près de sept artisans sur dix considèrent que ces phénomènes se sont accentués au cours des cinq dernières années. Parmi les menaces identifiées, la chaleur et les canicules arrivent largement en tête : 91 % des répondants les citent comme le principal risque pesant sur leur activité. Loin derrière, la pluie et les inondations concernent 60 % des entreprises, tandis que le froid, la neige et le gel restent une difficulté pour 48 % d’entre elles.

Une organisation à revoir

La conséquence la plus visible n’est pas toujours spectaculaire Elle se mesure dans l’organisation quotidienne des chantiers. Les retards constituent le premier impact cité par les professionnels : 58 % des entreprises interrogées déclarent en avoir subi. Viennent ensuite les changements d’horaires de travail, mentionnés par 55 % des artisans. Sur l’année 2025, ces épisodes climatiques auraient représenté une perte médiane de cinq jours de travail par entreprise et une baisse d’environ 2 % du chiffre d’affaires, soit près de 4 800 euros. Face à cette nouvelle réalité, les entreprises tentent de s’organiser. Sept sur dix ont déjà modifié leurs horaires afin d’éviter les heures les plus chaudes. Certaines commencent plus tôt, interrompent leur activité en milieu de journée ou décalent leurs interventions lorsque les températures deviennent trop élevées. Près de la moitié des artisans suivent désormais les prévisions météorologiques via des applications spécialisées.

Investir dans des équipements adaptés

28 % des entreprises déclarent avoir investi dans des vêtements techniques, notamment des protections anti-UV ou des solutions rafraîchissantes. Un quart environ renforce l’évaluation des risques directement sur les lieux d’intervention. Seules 14 % des entreprises affirment ne pas avoir encore pris de mesures spécifiques. Pour autant, la multiplication des épisodes extrêmes ne constitue pas encore une opportunité économique majeure pour le secteur. Contrairement à certaines idées reçues, la hausse des températures ne provoque pas automatiquement une explosion de la demande. Plus de la moitié des professionnels interrogés (54 %) estiment que les événements climatiques n’ont aucun effet positif sur leur activité. Un tiers des entreprises constate néanmoins une augmentation des travaux de réparation après des épisodes extrêmes. Le phénomène touche particulièrement les métiers de la couverture, où 40 % des entreprises observent une hausse des interventions. Les travaux d’anticipation restent, eux, encore minoritaires : seuls 19 % des artisans déclarent réaliser davantage de chantiers préventifs. Ces interventions concernent principalement les solutions destinées à mieux supporter les fortes chaleurs : équipements de rafraîchissement, isolation thermique, protections solaires ou amélioration des systèmes de chauffage. Pour la Capeb, l’enjeu est désormais clair : il faut accélérer l’adaptation du parc immobilier français au changement climatique. L’organisation défend une approche progressive de la rénovation énergétique, basée sur des travaux réalisés étape par étape, afin de rendre ces transformations accessibles au plus grand nombre. Car derrière les murs des bâtiments, c’est aussi tout un tissu d’entreprises artisanales qui doit apprendre à travailler dans un climat devenu plus imprévisible. ■ C.N.

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