Hélène Krieger et Benoît Mattéï sont les nouveaux coprésidents du Centre des Jeunes Dirigeants Béarn. Ils défendent une vision moins solitaire du patronat. Formation, entraide, IA, management, le CJD veut remettre l’humain au centre du pouvoir économique. Portrait croisé.
Ils ne ressemblent pas tout à fait à l’image du patron en costume qui tranche, décide et passe à autre chose. Benoît Mattéï, notaire et Hélène Krieger, architecte d’intérieur président depuis le 1er juillet dernier le CJD Béarn. Un mouvement politique non partisan dont le principe est de permettre à des chefs d’entreprise de se former, d’échanger sur leurs difficultés et de tester de nouvelles façons de diriger. Leur mandat durera deux ans avec une présidence unique et non renouvelable. « Le système repose sur la cooptation, précise Benoît Mattéï. Chaque membre peut proposer une à trois personnes. Les candidatures sont ensuite soumises au vote de l’assemblée plénière. » Une condition cependant : avoir moins de 45 ans au moment de l’élection et suivre un temps de formation destiné à accompagner les futurs responsables dans leur prise de fonction qui a eu lieu, pour eux, en juillet 2026.
Écouter, se former et innover
La section béarnaise créée juste après Paris, en 1939, affiche une longévité particulière. Là où les dirigeants restent en moyenne trois ans au niveau national, ils demeurent sept à huit ans dans le CJD Béarn. Un attachement que les deux présidents veulent entretenir. « Nous allons pérenniser ce qui a été fait par nos prédécesseurs Pierre Couture et Pascal Bourdin, avec un objectif : faire évoluer la plus belle école des dirigeants et donner davantage de visibilité au mouvement. » Aujourd’hui, 90 chefs d’entreprise (de 1 à plus de 150 salariés) adhèrent au CJD Béarn. Soit environ 2 000 emplois et 400 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulés. Son credo : placer l’économie au service de l’homme et s’impliquer personnellement pour aller au bout d’une action au profit d’un projet collectif. « Management, crise, aide à la décision, intelligence collective… Le CJD se veut autant un lieu d’apprentissage qu’un espace où l’on peut échanger sur ses problématiques pro comme perso », ajoute Hélène Krieger. Ici, l’entraide est organisée. Les membres peuvent solliciter un dispositif de solidarité pour parler de ce type de difficultés, dans le respect d’une charte de confidentialité. Quant aux formations, le catalogue national en déroule 200 et chaque membre doit en suivre au moins une par an. « En dix ans, j’ai changé », témoigne Hélène Krieger. « Être membre du CJD m’a appris que je n’étais pas seule. J’arrive à accompagner mes collaborateurs, à les faire grandir dans leur fonction. Ils viennent travailler avec le sourire. « On ne dirige pas une entreprise comme il y a 30 ans. Les jeunes sont différents et il faut s’adapter », complète Benoît Mattéï.
L’IA, sujet de préoccupation
Le CJD Béarn est aussi un laboratoire. La section revendique notamment avoir contribué à faire avancer des sujets comme la légalisation de l’alternance, la semaine de quatre jours ou les ateliers d’intelligence collective, avant de porter certaines réflexions au niveau national. « Aujourd’hui, impossible de passer à côté de l’intelligence artificielle », lance Benoît Mattéï, lorsqu’on lui demande ce qui préoccupe le plus les adhérents. Pour lui, l’outil peut transformer les métiers autant qu’il peut les fragiliser. « Plus on l’appréhendera, mieux ce sera. » Des formations sont donc proposées. Hélène Krieger en a suivi une consacrée à ChatGPT et à différents outils d’IA. « En deux jours, j’ai appris énormément et pu adapter certains usages à mon cabinet. » Le management reste toutefois une demande récurrente. Comme la simplification administrative, qui semble faire consensus. Lorsqu’on lui parle de responsabilité sociale et environnementale, Hélène Krieger ne masque pas les difficultés des petites structures. Elle-même a suivi une formation RSE, mais estime ne pas toujours avoir les moyens de mettre en oeuvre ce qu’elle a appris. « Pour moi, la priorité d’un chef d’entreprise, c’est le bien-être de ses collaborateurs. »
Un duo, deux tempéraments
Originaire de Ger, Benoît Mattéï a étudié le droit à Pau avant de rejoindre l’étude de notariat paloise de son père en 2003 et de s’y associer en 2009. Il entre au CJD en 2016. Son métier lui a appris à écouter, arbitrer, décider. « Mon rôle au CJD est un peu dans cette continuité. » Hélène Krieger, Paloise, a étudié l’architecture d’intérieur à Rennes avant de revenir dans le Béarn en 2006 pour créer son cabinet en 2010. « Ce que ma profession m’a appris dans le fait de diriger, c’est insuffler de la cohésion. » Depuis leur élection, chacun a aussi découvert le fonctionnement de l’autre. « Hélène est très organisée, carrée, en avance sur l’informatique. » « Quand Benoît a quelque chose à dire, il va droit au but. » Leur priorité : « Créer un rapprochement entre les jeunes dirigeants est essentiel. Il faut renforcer les liens pour rayonner ensemble. » Réunions mensuelles, formations, tours de table, échanges informels : le CJD veut éviter que ses membres ne soient qu’une addition de chefs d’entreprise. Benoît Mattéï pointe ce qui l’agace le plus dans le monde économique actuel : « L’immédiateté. Le fait qu’on ne peut pas se tromper, alors que ce sont souvent les erreurs qui nous font avancer. » À la fin de leur mandat, ils ne demandent pas de bilan spectaculaire. Ils aimeraient que les membres se connaissent davantage, que chacun ait progressé dans son entreprise comme dans sa vie privée et de dirigeant. Et que le CJD devienne un réflexe pour ceux qui se lancent. « On n’est pas une secte ! », plaisante Benoît Mattéï.
■ Catherine Nerson


















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