À Soumoulou, Benoît et Élisabeth Tanguy ont pris le relais. Ils dirigent aujourd’hui l’entreprise familiale de conception et construction de piscine traditionnelle créée en 1989 par Jean-Paul et Marie-Berthe Tanguy, les parents de Benoît. Dans la ligne d’eau de Piscine 64, ont émergé deux nouvelles disciplines : la rénovation des piscines et les services autour de l’entretien et du dépannage.
Entre professionnels, on s’appelle pisciniers, le grand public nous appelle piscinistes. Peu importe, on s’occupe de vos bassins, c’est l’essentiel ! », lancent Élisabeth et Benoît Tanguy, à la tête de Piscine 64, à Soumoulou. Le ton est donné : simple, efficace, direct. L’enseigne qui a presque 40 ans est discrète, mais bien installée dans le paysage. C’est en 1989 que Jean-Paul, le père de Benoît se plonge dans sa deuxième vie professionnelle après une carrière militaire achevée à Idron, rejoint ensuite par son épouse Marie-Berthe qui s’occupe de la gestion. « Il avait construit sa piscine, ça lui a donné l’idée d’en faire un métier. À l’époque, c’est seulement le troisième à faire de la piscine traditionnelle “en dur” sur le secteur palois », raconte Benoît Tanguy. La mode est aux grands bassins imposants, la piscine une niche élitiste.
Faire le grand saut
Benoît, lui officie comme chef de rang dans des restaurants gastronomiques, au rythme des saisons. Sollicité par ses parents en 1995 pour un coup de main, il se retrouve immergé dans l’entreprise familiale. Il apprend sur le tas, ça lui plaît. Il envisage un métier aux horaires plus compatibles avec sa vie personnelle. C’est le déclic. Il intègre la société dont il prendra finalement la direction en 2008, rejoint par Élisabeth, sa femme, en 2010. Elle ajoute sa patte, une solide expérience en gestion, logistique, planning et optimisation des process. « La passation s’est faite en douceur et en deux temps : un temps accompagné par mes beaux-parents, un temps d’envol tous les deux à partir de 2012 » précise-telle. Le challenge s’accompagne pour le couple d’une intuition : se positionner sur la rénovation et sur les services. Ce choix stratégique va se mesurer en chiffres. Le CA est multiplié par deux. Il s’élève aujourd’hui à 1,5 million d’euros.
Un virage dans le service et la rénovation
Pour nager dans le grand bain d’une filière devenue très concurrentielle avec les bassins hors sol et les coques, Piscine 64 choisit de se diversifier. En appui à un ADN de construction traditionnelle – béton, norme antisismique, liner, membrane armée – la rénovation s’impose au fil de l’eau. « L’avantage des piscines traditionnelles, c’est que c’est modulable, évolutif. Au bout de 15 ans, on commence à changer l’étanchéité, le liner, on rénove les systèmes de filtration en installant des pompes à économie d’énergie, des systèmes de traitement automatique (sel et pH), on intègre davantage les bassins dans l’espace naturel, on change le visuel. Aujourd’hui, les demi-terrasses et les coloris naturels de liner ont remplacé le bleu azur d’antan. La tendance est aux finitions qui se fondent dans l’environnement » détaille le duo. La technologie aussi met son grain de sel dans cette évolution – au propre comme au figuré, puisque l’entreprise en écoule 96 tonnes par an ! Panneaux solaires, pompes à vitesse variable, revêtements plus épais, lames polycarbonates noires pour maintenir la chaleur : la piscine est devenue un équipement raisonné et technologique. « Avec 25 piscines neuves et une quarantaine de rénovations, cela représente 50 % de notre activité. La vente en magasin, les dépannages et les contrats d’entretien assurent le reste » ajoute le couple. « La piscine s’est démocratisée. Aujourd’hui, les gens veulent un bassin de loisir et le mode de vie qui va avec, autour de la convivialité. Les mini-piscines de moins de 20 m² ont explosé. Les gens pensent désormais la piscine comme un élément de loisir à la maison, un peu à l’instar de la véranda ! Et ils veulent un entretien simplifié » remarque Benoît.
Un duo en relais
Ni une ni deux, Piscine 64 accélère aussi sur le service. « Notre signature, c’est la disponibilité. Sur le dépannage et l’entretien, on se limite géographiquement à 50 km autour de Soumoulou, car notre objectif est d’intervenir rapidement à la demande des clients, au plus près de leurs habitudes. La petite grand-mère toute seule qui a une piscine, on s’en occupe ; le couple qui part trois mois à l’étranger aussi » détaille Benoît. Le rythme de la haute saison, d’avril à septembre lui rappelle son ancienne vie dans la restauration. L’été, des jeunes issus des clubs de sport locaux que Piscine 64 soutient renforcent l’équipe, en binôme avec les techniciens. « On recrute au savoir-être, c’est essentiel. On a un groupe WhatsApp, on échange, ça crée une cohésion d’équipe. La pression, c’est pour nous, pas pour nos salariés. » Depuis 16 ans, les deux dirigeants ont trouvé leur point d’équilibre, assuré les virages. « On a eu jusqu’à dix-neuf salariés, on est dix aujourd’hui. C’est parfait : ça permet un vrai suivi, un esprit d’équipe que l’on peut cultiver, une agilité pour les clients. » Un oeil sur le planning, l’autre sur la météo – « la grêle, la pluie, ce sont nos ennemis » – un pied dans le showroommagasin de 250 m², l’autre sur les chantiers, en lien avec les artisans partenaires – maçon, pelliste, paysagiste. Sur le plot de départ, Yoan, leur fils, formé au CFA du Bâtiment, fait ses premières longueurs dans l’entreprise. « On lui apprend, il décidera, mais je pense que c’est un bon commercial ! » sourit Benoît qui veille à soigner la relation clientèle. « En magasin, c’est pareil, infirme Élisabeth. Les clients arrivent avec un échantillon d’eau, on prend le temps de discuter, on les conseille. » Les produits cocooning à la mode – spas, bains nordiques issus de l’univers montagne – y côtoient désormais les consommables et les accessoires techniques, surtout depuis la Covid. « Cette période était folle. Les gens venaient acheter un spa comme de rien, et ils voulaient tous une piscine ! Aujourd’hui, ils veulent un bassin sympa, pour se rafraîchir, faire plaisir aux enfants, les petits et les plus grands, qui reviennent plus facilement chez papa maman s’il y a la piscine ! » racontent les deux dirigeants. Des chantiers hors norme, ils en ont connu quelques-uns. Comme ce spa livré par hélicoptère sur le rooftop d’un hôtel de Lourdes. Ou ce bassin pro de 25 mètres construit pour l’entraînement d’une championne de triathlon. « Nos plus anciens clients ont leur piscine depuis 37 ans ! Ce qui compte pour nous n’est pas de vendre une piscine, mais de garder le client sur la durée. » Nage libre sur longue distance versus sprint, ils ont choisi la course de fond. ■ Nathalie Faure



















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