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Caroline Crauste de Feraudy, Fabienne Bascou, Valérie Paris CPAM, CAF, Carsat
Trois présidentes pour un territoire

Fabienne Bascou pour la CAF, Caroline Crauste de Feraudy pour la CPAM et Valérie Paris pour la Carsat Aquitaine ont en commun une certaine idée de la médiation, de la veille et de l’engagement sur les sujets sociétaux de famille, de santé ou de retraite. Portraits de trois présidentes d’organismes sociaux.

Aux côtés des directions opérationnelles des organismes, leur présidence recèle une mission consultative ou décisionnelle et une certaine vision de la Sécurité sociale. Nous avons demandé à ces trois expertes et cheffes d’entreprise qui se connaissent bien les raisons de leur investissement dans un mandat social bénévole.

Fabienne Bascou, présidente du Conseil d’Administration de la CAF

« Dans ce mandat, on ne perd pas ce que l’on est, au contraire ! »

« Mon objectif : ne pas prendre ma retraite, mais reprendre la peinture, mes aquarelles et mes crayons ! » lance amusée Fabienne Bascou. Cela ne sera pas pour tout de suite puisque la cheffe d’entreprise, qui a créé en 1987 sa société de gestion du risque crédit client et de recouvrement avoue « avoir toujours vécu avec un rythme très intense ». Réélue pour un second mandat social bénévole à la présidence du Conseil d’Administration de la Caisse d’allocations familiales du 64, elle tient d’entrée à préciser les choses. « La CAF, n’est pas qu’un payeur de prestation, elle mène tout un travail d’action sociale au sens large : Service Public de la petite enfance, accueil de loisir pour les enfants en lien avec les collectivités. Il faut se rappeler qu’un des moteurs de la CAF aujourd’hui est de permettre aux femmes d’avoir une vie professionnelle et des ressources propres en proposant un accueil pour les enfants, que ce soit en crèche ou en centre de loisir. La CAF est aussi un partenaire des collectivités et des associations, il y a une constance des engagements, c’est ça qui me plaît. » Celle du 64, désormais fusionnée, a toujours deux sites, Pau et Bayonne. Soutenue par le Medef pour la présidence, elle tient à l’aspect paritaire du conseil d’administration de l’organisme. « Ce que je défends en tant que représentante des employeurs, c’est un dialogue équitable et constructif avec les représentants des salariés, des familles et les personnes qualifiées. » La CAF met en lumière des enjeux sociétaux. « La parentalité, les effets de l’addiction aux écrans, l’accès aux réseaux sociaux chez les enfants et leurs conséquences dans les familles, voilà des sujets qui me préoccupent. Et je suis très attentive à la question des violences infra familiales, à l’accueil inclusif des enfants porteurs de handicap, à la sécurisation de l’accueil des enfants. » Si elle échange régulièrement avec Valérie Paris et Caroline Crauste de Feraudy sur des sujets technico-techniques, c’est sur l’humain que le partage entre les trois femmes reste le plus riche. « L’écoute, le partage, faire le lien entre les besoins et les mesures à prendre, ça prend du temps, c’est du long cours. Cela nourrit ma vie professionnelle, comme la rigueur et l’autorité nécessaires à mes missions professionnelles nourrissent mes engagements. » Alors pour rester ancrée et garder les pieds sur terre… elle y retourne. Elle, la fille d’agriculteurs rejoint sa chère vallée d’Ossau, se ressource dans la ferme familiale, y retrouve là aussi des problèmes tangibles et concrets à gérer. « Cet espace apaisant m’est indispensable. »

Caroline Crauste de Feraudy, présidente du Conseil de la CPAM

« Toujours être dans le mouvement »

« Je ne peux pas rester statique, j’ai besoin de mouvement, physiquement et intellectuellement. » Depuis le 30 avril dernier, en plus de ses deux entreprises – Caroline Crauste Conseils (qui accompagne les dirigeants de TPE et PME dans leur mise en conformité face aux obligations légales liées à l’organisation au travail et au RGPD) et CLE DES CSE, une plateforme qui permet d’accompagner et de former les élus des CSE – Caroline Crauste de Feraudy a hérité d’une autre casquette. La présidence du Conseil de la CPAM de Pau. Enfin hérité, ce n’est pas le mot puisque ce mandat social est le fruit d’un vote et qu’elle siégeait déjà au conseil depuis 2020. « Le Conseil est constitué de représentants des salariés, des employeurs, de la mutualité, d’une personne qualifiée désignée par le Préfet, et de la direction de la CPAM. Avec une particularité dans le 64, il y a deux CPAM une à Bayonne, l’autre à Pau » précise Caroline Crauste de Feraudy. Son rôle : présider le Conseil de la CPAM. Passerelle entre la CPAM et les représentants syndicaux, ce Conseil est un espace de débat qui permet notamment d’aborder des sujets d’actualité concernant la sécurité sociale, d’approuver les comptes de la caisse chaque année, d’évoquer les objectifs fixés en matière de lutte contre la fraude, de maîtrise des dépenses. Son rôle lui permet d’apporter un avis consultatif, d’effectuer une veille informative (sur l’augmentation des arrêts de travail chez les jeunes actifs par exemple), de participer à des commissions paritaires (médecins libéraux, commission des affaires sanitaires et sociales…) et d’échanger avec les instances locales telles que l’ARS dans le cadre de réunions. « Adhérente du Medef, c’est ce dernier qui m’a mandatée pour intégrer la caisse. Ma mission consiste à élaborer l’ordre du jour conjointement avec la direction de la caisse, à diriger les débats pendant le conseil et à m’assurer que tout se déroule bien au sein des commissions. À Pau, on a aussi le sujet des futurs locaux de la CPAM. » Ce mandat bénévole est en lien avec son activité qui porte beaucoup sur la santé et les conditions de travail des salariés, ainsi qu’avec ses études effectuées en droit de la santé. Pour la cheffe d’entreprise en activité, pianiste et guitariste, sportive et aventurière, plutôt rando que transat-piscine, il va falloir compter avec le temps, la méthode et l’organisation. « Le bureau j’y suis à 7h30, par contre à 18h je m’occupe de mes filles ou je fais de la musique ou du sport. Le droit du travail est devenu ma spécialité, j’ai toujours été impliquée dans la vie de l’entreprise. J’ai exercé 10 ans comme juriste chez un mandataire judiciaire, également dans les assurances, la gestion de patrimoine. » Élue CCI, elle fait aussi partie de la délégation Femmes Chefs d’Entreprise Pau Béarn. « J’ai besoin de mouvement, je ne peux pas rester sur un sujet unique. Le fait de connaître les problématiques salariales en ayant un positionnement employeur, ça permet de faire avancer le débat. » Du mouvement, toujours du mouvement.

Valérie Paris, présidente du Conseil d’Administration de la Carsat Aquitaine

« Ne jamais rien lâcher »

Comprendre, apprendre, se battre, un mantra, un mode de vie, pour Valérie Paris, investie depuis près de 30 dans les organismes de sécurité sociale. Dernier mandat en date, la présidence de la Carsat Aquitaine et celle de l’Ugecam Aquitaine (organisme de l’Assurance Maladie chargé de gérer un réseau d’établissements sanitaires et médico-sociaux sur l’ensemble du territoire). « J’ai toujours mis du social dans ma vie. Je suis restée en tant qu’administratrice, vice-présidente et présidente de la CPAM de Pau pendant 25 ans. Depuis 2006, je siège en tant qu’administratrice à la Carsat Aquitaine, dont je suis devenue la présidente en mars 2022. Je viens d’être renouvelée dans cette fonction pour 4 ans. J’ai toujours choisi la branche santé-retraite. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre le fonctionnement d’un organisme dans le détail. » Toute jeune retraitée, l’ancienne juriste, spécialisée en droit social et gestion de la paye – ex DRH d’un groupe d’intérim et auparavant RH dans un cabinet comptable tout en pilotant son propre cabinet d’expertise conseil – se déclare « formidablement contente d’être à la retraite et d’avoir laissé mon poste entre de très bonnes mains ». Sa vie professionnelle riche nourrit sa présidence. « Avec l’expérience professionnelle, on peut dire ce qui marche et ce qui ne marche pas. Par exemple, il y avait un bug sur la plateforme de l’assurance-retraite sur la retraite progressive. Je l’ai expérimenté à titre personnel et j’ai fait remonter l’info. » Toujours le souci de faire progresser les choses, avec une volonté affichée de lucidité. « Les jeunes que je croise, je leur dis de capitaliser un peu pour la retraite, ne serait-ce que 20 euros par mois. Aujourd’hui en Aquitaine, un retraité touche en moyenne 900 euros par mois, alors demain… À la Carsat, mon rôle est stratégique et politique. On vérifie que les politiques nationales de la Caisse d’assurance vieillesse sont bien mises en place. » Maladie, prévention des risques professionnels, suivi, contrôle de la bonne utilisation des fonds publics, les enjeux sont nombreux. « J’ai une position institutionnelle, pas du tout de gestionnaire. Je préside les séances du conseil d’administration. On est là pour discuter dans le respect de l’autre. J’y tiens beaucoup. » Le sens du dialogue et la médiation, elle le partage avec ses consoeurs. « Fabienne et moi sommes très amies, engagées depuis longtemps. J’ai toujours choisi la branche santé et retraite, elle la famille ! Quant à Caroline, je l’ai poussée à rentrer comme conseillère au conseil de la CPAM, car c’est une excellente juriste. Mon seul souci aujourd’hui, c’est de préparer la suite à la Carsat. » Transmettre a toujours guidé cette grandmère comblée, sportive, voyageuse et toujours combative.

■ Nathalie Faure

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