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Jérôme Marbot - Maire de Pau
Jérôme Marbot – Au naturel

Cent jours après son arrivée dans le fauteuil de maire de Pau, l’avocat devenu élu raconte une ville qu’il veut réveiller. Son goût du débat, ses ambitions économiques, il les a mis au service de sa conviction intime : le Béarn doit grandir sans perdre ce qui fait son caractère. Portrait.

Jérôme Marbot a le costume ajusté, la barbe sculptée à la Tom Ford, les lunettes écaille qui lui donnent un petit côté « jeune premier ». Pourtant l’homme installé dans le fauteuil de maire de Pau cultive une forme de décontraction. Pas de posture. Peu d’effets de manche. La voix posée. Un élu qui préfère le dossier au slogan, la discussion à l’affrontement, la construction au bruit. Voilà donc cent jours qu’il a les clés, les urgences et les arbitrages. Le 29 mars dernier, il a devancé François Bayrou, maire sortant et figure tutélaire de la ville, avec 11 174 voix. Une victoire qui ressemble autant à un aboutissement qu’à un commencement.

Racines paloises

Jérôme Marbot n’est pas arrivé ici par hasard. Né à Pau en 1976, il appartient à ces familles où le droit se transmet presque comme un héritage. « Je viens d’une lignée de juristes : mon arrière-grand-père était préfet, mon grand-père avoué à la cour d’appel ainsi que mon père. » Le goût de la rigueur, le plaisir du dossier bien construit, aussi. « Le chemin n’a pas été rectiligne, mais j’ai toujours été soutenu par des parents aimants qui m’ont inculqué les valeurs que je porte. Je ne supporte pas l’injustice. » Jeune homme, il aime l’histoire, rêve un temps d’une autre vie et part à Paris. Après hypokhâgne et khâgne, il tente Normale Sup. Il n’obtient pas le concours, bifurque vers le droit, puis vers la gestion à Dauphine. « J’ai été diplômé en septembre 2001, l’année des attentats à New York. Tout a été bloqué, notamment les postes de direction. » Une porte se ferme, une autre s’ouvre : il revient au droit, passe le barreau et devient avocat. Une expérience qui façonnera son futur exercice politique. « Je suis un apôtre du contradictoire, de la diversité des points de vue. » En 2006, il décide de prendre une année sabbatique pour un an en solo autour du monde : « Une aventure humaine qui m’a appris le dépassement, la rencontre, l’écoute des autres cultures. J’avais 30 ans, je me suis vraiment construit à partir de cette expérience. »

Décider collectivement

À son retour, il revient à Pau. La politique devient concrète. Enfant de la ville, il est de ceux qui ont grandi avec l’ombre d’André Labarrère. Il ne s’attarde pas sur la légende, déjà beaucoup racontée, mais reconnaît l’empreinte laissée par l’ancien maire : « C’est lui qui a planté la graine de la vocation chez moi. » En 2008, Martine Lignères-Cassou lui propose d’entrer dans son équipe. À 31 ans, il devient adjoint chargé des coopérations internationales, de la filière équine et du quartier Pau-Sud. « Cela m’a donné l’occasion d’imaginer des projets en co-construction avec les habitants. » Après les années d’opposition et deux campagnes municipales, Jérôme Marbot a trouvé ce qu’il cherchait : « J’ai enfin le bonheur d’être dans la capacité de décider. Je le fais avec ma touche personnelle, le plus humainement possible. J’aime les rapports “d’être à être”. C’est une fonction que j’ai, que nous avons collectivement. » Maire, président de l’agglomération ou encore du pôle métropolitain Pays de Béarn, il enchaîne les réunions et les arbitrages. Entre les rendez-vous, les réunions d’instances, l’installation de la nouvelle gouvernance et les dossiers à reprendre, le rythme est dense. « Je dors peu et mal en ce moment et je n’ai plus l’occasion de pratiquer l’équitation ou de faire du sport ! » Le cavalier a donc laissé tomber momentanément les chevaux pour une autre monture : une ville de 80 000 habitants, avec ses attentes, ses impatiences et ses urgences. « Il faut honorer les demandes de rendez-vous. Ceux qui ont eu des promesses de l’équipe précédente et ceux qui potentiellement, pourraient avoir des réponses positives suite à des refus de l’ancienne majorité ! » Sur son bureau s’empilent les dossiers : la clinique Pau- Pyrénées, l’aéroport, le parc Lawrance, la Sernam, le parc des expositions, la friche Gaston-Bonheur, le stade Tissié. Et parmi les premiers choix symboliques, l’arrêt du projet immobilier des Rives du Gave porté par la précédente majorité. « Nous réfléchissons aussi à l’idée d’un conseil économique. Il y a un lien à faire avec le conseil de développement du pays de Béarn et de l’agglo, créer peut-être une instance avec tous les acteurs de ce territoire qui permettront de discuter des grandes politiques publiques. »

Un modèle béarnais

Son ambition économique repose moins sur la course aux grands groupes que sur la consolidation de l’existant : accompagner les entreprises locales, renforcer les PME et ETI du territoire, favoriser leur indépendance. « Il faut renforcer leur souveraineté. Je suis très partisan du développement économique endogène. » Quant aux leviers stratégiques pour l’avenir économique de Pau et de son agglomération (commerces de centre-ville, industrie, santé numérique…), Jérôme Marbot considère que tous les domaines sont importants : « Si vous perdez sur la santé, vous perdez sur l’attractivité ; s’il n’y a pas de commerce vivant, les gens ne viennent pas. Et s’il n’y a pas d’emploi pour les accueillir, c’est pareil. On ne peut pas se permettre d’abandonner un secteur car ce sont les territoires à côté qui en profiteront. » Pour Pau, il refuse l’idée d’un modèle copié sur les grandes voisines. Bordeaux, Toulouse, le Pays basque : trois territoires puissants, mais confrontés aussi à leurs propres tensions. « Il faut profiter de cette centralité pour construire notre modèle sans avoir les mêmes problèmes (prix de l’immobilier, embouteillage, etc.) que les trois autres. » Son fil rouge tient en trois mots : qualité de vie. « Pau se construira sur sa capacité à rayonner de ses propres atouts. Porter l’image de Pau comme ville nature, c’est très important. » Reste maintenant le temps où les promesses deviennent des réalisations, où les annonces se frottent au concret. Jérôme Marbot veut une ville plus participative, plus ouverte, plus collective. Un maire qui écoute avant de trancher et avance sans renier ce qu’il est : juste un homme du réel. Au naturel.

■ Catherine Nerson

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