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Philippe Quirière et son père Gérard - Dirigeants
Tout est Mini dans leur vie !

Certaines passions se transmettent dans l’odeur de l’huile chaude, le bruit d’une clé à cliquet et la lumière des ateliers. Philippe Quirière et son père Gérard ont fait de leur garage Mini World Center, niché à Serres-Castet, une adresse rare, où ils bichonnent une petite Anglaise devenue légende.

II suffit de franchir la porte de leur Mini Word Center planqué au 59 rue Bious- Artigues pour comprendre que l’on n’entre pas dans un garage comme les autres. Ici, les Mini se serrent parechocs contre pare-chocs, certaines impeccablement restaurées, d’autres encore en attente d’une seconde vie. Sur les établis s’empilent des pièces d’époque, patiemment dénichées. Dans l’atelier, Gérard Quirière, 80 ans, passe d’une carrosserie à l’autre. Il voit ce que la tôle raconte avant même qu’on ne la démonte. Philippe, son fils, se concentre sur la mécanique, ausculte, écoute, diagnostique et répare l’irréparable. Ensemble, ils ont décidé de consacrer leur vie à une mythique petite british née en 1959, esquissée sur une serviette de table par un ingénieur, Sir Alec Issigonis, avec un châssis à moteur arrière conçu par John Cooper…

Il était une fois

L’histoire des Quirière commence loin du Béarn, dans un garage BMC d’Évreux. La British Motor Corporation expédie alors ses Mini neuves par bateau jusqu’au Havre. Gérard va les chercher, les prépare, les personnalise selon les envies d’une clientèle qui rêve déjà de singularité. « Je travaillais en tant que carrossier tôlier. À l’époque, certains étaient prêts à faire repeindre une Cooper S neuve en rose ou à l’habiller de fourrure sur les sièges et les panneaux. » Les souvenirs ont la précision de ceux qui ont passé une vie entière les mains dans la tôle. En 1964, la Mini n’est encore qu’une jeune voiture anglaise promise à un destin que personne n’imagine. Gérard, lui, tombe immédiatement sous son charme. « Très rapidement, j’ai acquis une Austin Cooper 997 que j’ai préparée en commençant par la couleur Surf Blue. Cette passion ne m’a plus quitté et je l’ai transmise à mon fils. »

Un engouement partagé

Cette transmission s’est construite dans les odeurs d’huile chaude, au milieu des ponts élévateurs et des carrosseries en cours de restauration. Philippe Quirière n’a pas choisi cet univers. Il y est né. « Tout gamin, j’accompagnais mon père dans son garage. J’étais fasciné. » Gérard sourit : « J’avais construit un buggy et, à deux ans, il grimpait dedans pour se mettre au volant. Philippe renchérit : « J’avais déjà une sensation incroyable ! » Les week-ends, la famille prend la route des rallyes. « Étant originaire d’Évreux, on allait voir le championnat de France de rallye tout-terrain. » Très jeune, Philippe pratique aussi le basket, le judo, collectionne les titres en BMX. Son père crée même un club au milieu des années 1980. Mais la Mini revient toujours au premier plan. « Quand j’ai eu l’âge de passer le permis, j’ai acquis une 1 300 Cooper qui est toujours en ma possession ! »

Une icône fascinante

Pour Philippe, la Mini n’est pas une simple voiture. C’est un morceau d’histoire populaire, un concentré d’ingéniosité britannique devenue une légende des rallyes. Ses succès en compétition, sa silhouette reconnaissable entre toutes, ont fini par transformer cette petite citadine en icône. « Une voiture capable de tenir tête à des modèles bien plus puissants. Quand elle est sortie, on s’y attachait immédiatement, on l’aimait. Elle était déjà d’un autre âge. C’est une voiture étonnante avec une technologie avant-gardiste. Son architecture incroyable a révolutionné l’automobile, son poids plume, son moteur rageur, tout le monde la désirait ! De la Reine d’Angleterre en passant par les Beatles ou Paul Newman. Même Enzo Ferrari ! Et aujourd’hui c’est le même enthousiasme Sur l’aspect sportif, la Mini Cooper S est une voiture incroyable. Entre 1960 et 1972, elle a remporté 32 rallyes à travers le monde, dont trois victoires à Monte-Carlo : 1964, 1965 et 1967. »

Changement de vie

Les Quirière décident de transformer cette passion familiale en aventure entrepreneuriale. Philippe quitte la Normandie en 1995 pour le Béarn. Les rallyes d’Arzacq, le Grand Prix historique de Pau, l’envie de piloter et de s’installer font le reste. Il convainc ses parents de descendre à leur tour. « En 2006, je voulais ouvrir un garage ; avec mon père, nous connaissions notre complémentarité. On est donc repartis ensemble. » Gérard sourit : « Je ne m’occupe pas de ses moteurs et il ne s’occupe pas de ma carrosserie ! » Deux mois après l’ouverture, le carnet de commandes déborde déjà. « Les premières Mini arrivaient de Toulouse, du Cap-Ferret, puis d’un peu partout en France. » Leur expertise, leur savoir-faire, leur honnêteté, leur humanité et le bouche-à-oreille ont écrit la suite.

Goodwood, le déclic

Le garage Mini World Center est devenu très vite une référence pour les amateurs de Mini classiques et de voitures anglaises de prestige. Aston Martin, Triumph, Austin-Healey ou encore MGA passent aussi entre les mains des Quirière. Le côté pilote de Philippe a sans doute aidé à la notoriété de l’entreprise. En 2009, pour les cinquante ans de la Mini, Mini World Center est le seul représentant français invité au prestigieux Goodwood Revival, en Angleterre. « Il n’y avait qu’une seule voiture française au départ : la nôtre ! J’ai partagé son volant avec Jochen Mass. C’était fabuleux. Le Goodwood Revival est sans doute la plus magnifique compétition de voitures historiques au monde. » De cette expérience naît une autre idée. Puisque les Anglais célèbrent leur patrimoine automobile, pourquoi ne pas offrir à la Mini un terrain d’expression en France ? Avec Philippe Lalanne, il crée en 2011 le Trophée Mini Classic, dans le cadre du Grand Prix historique de Pau. Un succès. « J’aimerais tant pouvoir recommencer ! »

Mini for ever

Aujourd’hui, le garage pourtant évolue. Les Mini modernes occupent désormais une part plus importante de l’activité. Un choix assumé pour préserver l’équilibre de cette petite entreprise familiale qui emploie un salarié et réalise un chiffre d’affaires d’environ 450 000 euros. « Les restaurations mobilisent des centaines d’heures de travail, les pièces d’origine se raréfient et les clients doivent parfois patienter longtemps avant de récupérer leur véhicule. » Reste un rêve pour Philippe, devenir un jour l’heureux propriétaire d’une vraie voiture d’usine, à l’image de la Mini Cooper S qui a couru à Monte-Carlo, ce qui l’a propulsée au rang de légende.

■ Catherine Nerson

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