À Lucgarier, sur ses terres familiales, Philippe Paradis dirige Sotragri, une entreprise spécialisée dans les services agricoles, principalement pour l’industrie agroalimentaire. Entre machines hors normes et gestion d’équipes saisonnières, il orchestre, du semis à la récolte, des milliers d’hectares de haricots verts, petits pois et maïs doux destinés aux grandes marques de la conserve. Ainsi que la production de multiplication de semences (maïs, colza) pour plusieurs semenciers.
Des mastodontes pouvant coûter jusqu’à 800 000 euros, avec des roues de deux mètres : à Lucgarier, le parc d’une quinzaine de machines et vingt tracteurs alignés sous les hangars de Sotragri impressionne même les néophytes. « J’aime être près des machines et trouver des solutions techniques pour optimiser leur performance », s’enthousiasme Philippe Paradis, président de la SAS Sotragri et gérant de la holding Paradis. Formé à la mécanique agricole et à l’hydraulique, Philippe Paradis a débuté comme salarié dans l’entreprise de travaux agricoles ETA Mares, où il reste six ans. En 1991, il crée Sotragri avant de racheter progressivement le matériel de son ancien employeur. Il installe son entreprise sur la ferme familiale de Lucgarier, autrefois exploitée par ses parents, producteurs de lait, puis par son frère jumeau. L’entreprise de services agricoles se développe jusqu’au Québec, en partenariat avec un industriel et quitte le marché canadien juste avant le covid.
De la ferme familiale à une entreprise innovante
En ce début d’été, en pleine préparation de la récolte, une partie du parc matériel est déjà en activité sur les différentes zones de culture – Landes, sud Gironde, Gers, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées. Prestataire de services pour l’industrie agroalimentaire française et espagnole, en partenariat avec les coopératives agricoles locales, Sotragri intervient sur le semis, l’entretien des cultures – avec beaucoup de désherbage mécanique qui supplante le désherbage phytosanitaire – et la récolte. « Ce que l’on ramasse aujourd’hui, vous le mangerez l’hiver prochain », résume le dirigeant. « Au fil des années, le Sud-Ouest est devenu un secteur de production majeur pour les légumes, grâce aux terres sableuses des Landes et aux capacités de réserve d’eau qui sécurisent ces productions. » Chaque année, Sotragri intervient sur un peu plus de 20 000 hectares. « L’industriel contractualise avec les agriculteurs et comme ces cultures nécessitent un matériel très spécifique, c’est là que nous intervenons avec nos équipements. Certains d’entre eux ont été réalisés en interne, c’est le cas des semoirs à haricots verts. » La maintenance des machines, c’est lui qui la supervise. « Nous avons un bureau d’études partenaire qui nous accompagne sur les mises en conformité CE et les homologations routières. Et lorsque les machines de récolte partent en saison, un atelier mobile accompagne chaque convoi afin de pallier d’éventuelles pannes. Étant souvent présents sur le terrain, nous cherchons sans cesse à améliorer les performances de nos équipements. Le tapis rabatteur des récolteuses, par exemple, je l’ai dessiné pour éviter d’abîmer les haricots. » Sotragri se développe en s’appuyant sur les nouvelles technologies et l’IA qui pointe le bout de son nez. « Pour les haricots verts, nos machines sont capables de détacher les gousses du pied tout en respectant le produit. Et on travaille avec les industriels et les bureaux d’études pour optimiser les qualités de récolte et la productivité des machines. »
Machines d’exception et performances millimétrées
Les machines, c’est son dada. Passionné de mécanique, Philippe Paradis collectionne les tracteurs vintage. Son modèle fétiche, un John Deere de 1938, a toujours sa place dans le hangar. Des questions sur le monde agricole, l’intarissable dirigeant en a à la pelle : transmission des exploitations, gestion de l’eau, investissement dans les machines qui ont connu une forte inflation ces dernières années, environnement, coût de l’énergie, « un hectare travaillé représente environ 106 litres de carburant consommés », tous ces sujets nourrissent sa réflexion. « D’ici cinq ans, près de la moitié des agriculteurs français partiront à la retraite… En France, seulement 7 % des surfaces agricoles sont irriguées, contre 14 % en Espagne et 21 % en Italie… Pour la première année, nous importons plus de denrées alimentaires que nous en exportons et 30 % de l’alimentation produite finit à la poubelle, ce qui est un désastre économique et écologique. » Mais pour lui, les contraintes sont aussi le moteur de l’innovation. « Elles nous obligent à progresser, même si les solutions ne sont pas simples à mettre en oeuvre. »
Graine de passion et résilience
Après plusieurs épisodes de canicule, de sécheresse – sans parler des feux qui ont marqué les esprits et imposé une réorganisation du travail – le calendrier agricole de 2026 a été très perturbé. « Les volumes récoltés sont loin des objectifs, les cultures sont très impactées », constate Philippe Paradis. Chaque campagne impose son lot d’adaptations, avec une haute saison qui court de juin à octobre. L’entreprise passe alors de dix salariés permanents à quarantecinq collaborateurs. Pour accueillir les saisonniers venant de toute la France et intervenant dans le Sud- Ouest, Sotragri a construit, il y a 11 ans, une nouvelle base à Liposthey. C’est de ce site que partent les équipes pour la récolte des légumes cultivés en hautes Landes et sud Gironde. « Aujourd’hui, mon principal défi est de pérenniser mes salariés saisonniers. » Le groupe s’approche des 4 millions d’euros de chiffre d’affaires au travers de ses trois sociétés : SAS Sotragri, dédiée aux prestations agricoles, PH Paradis, spécialisée dans le patrimoine bâti et la gestion du parc photovoltaïque et SAS Paradis consacrée à la conception d’équipements et qui porte les brevets déposés. Son prochain défi ? Un automate, déjà breveté dans une vingtaine de pays. « C’est une machine capable de gérer la collecte des céréales et la logistique vers les organismes collecteurs. Ce projet représente près d’1 M€ d’euros d’investissement. J’espère démarrer la conception du prototype en 2027. » Toujours en quête de la machine la plus performante, Philippe Paradis revendique avant tout le pragmatisme. « Le parfait n’existe pas. On peut toujours faire mieux. » Cette philosophie héritée de son premier patron, il l’a fait sienne. « Nous sommes le premier maillon du process industriel. L’agriculteur apporte la terre, l’industriel organise la production et nous apportons notre savoir-faire humain et matériel. » Une chaîne de compétences qui relie les parcelles du Sud-Ouest aux assiettes des consommateurs.
■ Nathalie Faure


















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