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Hélène Couto, dirigeante
SN Vignalats – Lever de rideau

Spécialisé en fermetures de bâtiments, SN Vignalats n’est pas tout à fait une entreprise de serrurerie ou de menuiserie. Plutôt un concepteur de rideaux, portes et volets roulants métalliques sur-mesure fabriqués et assemblés à Lons. Depuis 2009, Hélène Couto pilote l’entreprise et s’attache à faire perdurer cette activité de second oeuvre très spécifique dans le BTP.

Son premier réflexe est d’abord de demander pourquoi on l’a choisie pour la Une du journal. Un nom d’entreprise bien connu des Palois, une activité de niche dans les fermetures industrielles, une cheffe d’entreprise au parcours universitaire à la tête d’une société de second oeuvre dans le BTP : ce n’est pas si courant. Les arguments lui donnent le sourire et l’occasion de rebondir sur son parcours. « Je me destinais au secteur bancaire, j’ai fait des études de sciences éco à la fac de Bordeaux, puis un master gestion et éco à Pau en 2000. Je n’imaginais pas du tout à diriger SN Vignalats » raconte Hélène Couto. Mais les parcours professionnels sont souvent pavés d’opportunités. La première, c’est son père qui l’attrape au vol lorsqu’il pousse la porte du mandataire judiciaire, avec un projet de reprise. Née dans les années 30 et installée près de la gare à Pau, Vignalats est une importante entreprise de menuiserie qui a compté jusqu’à 60 salariés et s’est fait une spécialité sur le volet roulant en pin d’Oregon. Familiale au départ, l’entreprise est reprise par un groupe financier. Mais l’activité chute et l’entreprise avec, jusqu’au redressement en 1996. C’est là qu’intervient Jean-Louis Corani, le père d’Hélène Couto. Ex-cadre d’une société concurrente, il fait le pari de reprendre Vignalats et de relancer l’entreprise. Il s’adosse les compétences du chef d’atelier de l’époque qui deviendra son associé Antoine Teixeira. Vignalats devient SN Vignalats, la Société Nouvelle Vignalats. « Mon père était un commercial pur, il a développé l’activité, dont le rideau métallique, proposé la pose clé en main, conclu un gros contrat de sécurisation avec les Points Verts dotés de matériel de motoculture ; la gestion, l’administratif, il l’a appris sur le tas. » Sur ce sujet-là, il demande un coup de pouce à sa fille, elle l’habituée des chiffres et des lectures de bilans. « C’est par ce biais que je suis entrée dans l’entreprise ; très vite, la technique et le travail en atelier m’ont intéressée ; j’ai appris, j’ai aidé à fabriquer, à poser. »

Nouveau départ, nouvelle vision

Les blisters et les protections plastiques sur les palettes, elle en enlève un paquet pour comprendre ce qui entre à l’atelier pour y être usiné. Lames pour rideaux métalliques, volets roulants automatisés, porte sectionnelle de garage, l’entreprise conçoit et assemble dans son atelier lonsois des systèmes de fermeture sur-mesure. En direct ou en soustraitance, les chantiers vont de la maison individuelle équipée de volets domotisés ou de moustiquaires jusqu’au rideau métallique d’un restaurant, d’un entrepôt ou d’un commerce, sur le bassin béarnais mais aussi le 65 ou le 40. « J’ai tout de suite posé des questions aux techniciens qui découpent, assemblent, posent sur chantier. Petit à petit, j’ai fait ma place. Le chef d’atelier n’a jamais eu d’a priori sur le fait que je sois une fille ; par contre, du haut de mes 24 ans, quand j’arrivais sur les chantiers, je passais vraiment l’oral avec les architectes ! » D’abord co-gérante avec son père en 2009, elle endosse naturellement la direction en 2013 lorsqu’il prend sa retraite. « Il fait partie de cette génération qui s’est donnée corps et âme à son entreprise, il n’a pas profité de sa retraite » regrette-t-elle. Elle, part sur un autre schéma, s’impose en douceur, gère finement les comptes, raisonne en efficacité. Comptant 7 salariés, l’entreprise réalise aujourd’hui un CA de 1,40 M€.

Un métier technique très réglementé

La pile de documents qui s’entasse sur son bureau raconte toute la complexité technique des dossiers, le millefeuille réglementaire, les normes de sécurité. « Fermer un bâtiment, c’est sécuriser son activité, c’est essentiel. » Hélène Couto continue de fréquenter l’atelier et les chantiers. « J’écoute les techniciens quand ils proposent des idées pour simplifier l’outil de travail ou les process de fabrication ; les décisions stratégiques, en revanche, je les prends seule. » Le questionnement du dirigeant, elle le partage avec ses copains chefs d’entreprise, de manière informelle, de préférence autour d’un bon plat. « On échange, ça fait du bien, on se sent soudés, avec des problématiques communes même si on a des activités différentes. En ce moment, avec le contexte économique, on s’interroge tous sur la pertinence d’investir. » Pour dézoomer du quotidien, la Béarnaise a son sas de décompression bien à elle : Paris. « J’y vais très souvent, j’aime parcourir les quais à pied, faire des expos, des restos, ça me permet de prendre du recul. » Oublier un peu le Béarn pour mieux mûrir les décisions à prendre. Comme celle de bien recruter. Ses collaborateurs, elle les choisit au savoir-être et à la confiance. « Pousser à l’autonomie, laisser prendre des initiatives, c’est mon mode de management. Les patrons despotes, c’est fini ! » Un jeune homme passe une tête timide dans son bureau. « Anthony est entré à 19 ans, il a la trentaine, il a pris son envol professionnel chez nous, il sait gérer une équipe sur les chantiers. C’est le cas aussi de Christophe. Tous les trois, on échange beaucoup, on forme un bon trio, ça me rend fière. » Comme elle est très fière aussi de s’être battue pour intégrer dans l’équipe un jeune migrant qui lui avait été recommandé. « Il travaillait en intérim super bien, je suis allée jusqu’au ministère du travail à Paris pour pouvoir lui faire un contrat de travail, j’ai bataillé pour son titre de séjour. Ça fait partie des combats que je mène. » Quand le rideau tombe le soir sur l’atelier, c’est cette satisfaction du travail bien fait et d’une équipe solide qui la porte.

■ Nathalie Faure

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