Du rachat d’une société paloise à la santé très fragile, Thierry Haure-Mirande a fait d’Aéroprotec un des leaders nationaux de traitement de surface dans l’aéronautique, en deux décennies. Le tour de force d’un autodidacte attaché à son indépendance.
Des portraits-robots d’entrepreneurs, il en existe beaucoup : du prudent au créateur de mode, de l’opportuniste au visionnaire… Chez Thierry Haure- Mirande, le grain de folie saute aux yeux. Lui-même le concède volontiers, avec le regard malicieux. Il s’est formé en autodidacte, notamment sur la gestion des entreprises, se prenant « quelques portes dans le nez qui lui ont permis d’apprendre l’entrepreneuriat. »
Sans les codes classiques, avec une intuition et une vision qui détonnent. Il en fallait quand le Béarnais a décidé de racheter en 2005 la société paloise Janini, spécialisée dans le traitement de surface pour l’aéronautique, alors en difficulté. « Il restait 25 salariés. L’entreprise perdait 1 million d’euros par an et était au bord du gouffre. Mais j’aime aller mettre la tête là où personne n’irait ! J’en avais besoin intellectuellement.»
Une diversité des clients
Vingt ans plus tard, Aéroprotec s’est transformé en un des leaders nationaux dans le domaine : 300 collaborateurs, 27 millions d’euros de chiffre d’affaires et une belle rentabilité. Avec l’indépendance en fer de lance. Le groupe travaille pour les piliers du secteur (Airbus, Boeing, Dassault, industrie militaire, hélicoptéristes…) sans qu’ils ne prennent un pouvoir indirect.
« Nous tenons à être irréprochables au niveau de notre qualité et de nos engagements. Avoir 650 qualifications nous permet de ne pas subir le marché. Aucun de nos clients ne dépasse 27 % de l’activité totale », développe Thierry Haure- Mirande.
L’après-Covid, un tournant
L’entrepreneur a toujours voulu être en avance pour construire la réussite de son groupe : une usine en Tunisie dès 2006, un site 100 % numérisé et automatisé créé sur la zone de l’aéroport d’Uzein en 2018. Avant le rachat d’une usine à Saint-Nicolas-de-Redon en Loire-Atlantique en sortie de Covid. Un choix ambitieux, à l’image du personnage.
« Quand on a pris le Covid en 2019, on faisait un peu moins de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires. Passé une première semaine de sidération au début de la crise sanitaire, j’ai commencé à réfléchir sur comment on allait rebondir. J’ai dit aux équipes : nous allons nous mettre à l’attaque pour aller chercher la croissance ! Aujourd’hui, nous avons presque triplé le chiffre d’affaires. »
Deux nouveaux brevets
Le Lab’ by Aéroprotec Services, basé à Saint- Nicolas-de-Redon, est la nouvelle « boîte à outils » du groupe dédiée à l’ingénierie, la R&D et la formation. Deux lignes pilotes permettent de tester et d’anticiper les process de demain. « Des tests de laboratoire aujourd’hui sous-traités vont pouvoir être réinternalisés. Le site est également ouvert à tous les industriels sous forme de prestations », précise le dirigeant.
De plus, le groupe a déposé deux brevets : un concernant un nouveau revêtement biosourcé et l’autre portant sur des nano marqueurs qui assurent la traçabilité et évitent la contrefaçon. « Le secteur médical, la monnaie de Paris et le luxe sont intéressés », assure-t-il. « Les brevets sont le nerf de la guerre. La France est championne du monde dans la recherche. La protection du groupe passera aussi par la diversification de ses activités. »
40 millions d’euros dans le viseur
Convaincu que la France a la plus belle supply chain aéronautique au monde, Thierry Haure-Mirande veut défendre ces compétences, notamment face au phénomène récent de l’entrée des fonds d’investissement dans le secteur, pouvant « causer une perte des savoir-faire ».
Déjà dans le coup d’après, Aéroprotec projette d’agrandir son site d’Uzein. Un bâtiment de 2000 m2, qui fonctionnerait avec la géothermie, devrait accueillir les activités dites acier. L’objectif est d’atteindre, à l’horizon 2027, la barre symbolique des 40 millions d’euros de chiffre d’affaires.
L’ancien président de l’UIMM Adour-Atlantique et actuel membre du Bureau Aéro PME du GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) l’annonce : « Sur l’ensemble de nos organisations, nous sommes quasiment à 50 % de réserves capacitaires. Nous sommes prêts à absorber la croissance du secteur. »


















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