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La guerre mondiale contre le moustique se joue chez nous

Une ONG australienne pilote à Pau une méthode inédite contre la dengue et le chikungunya : relâcher des moustiques rendus inoffensifs grâce à une bactérie naturelle. Une stratégie prometteuse.

Installé à Pau, le World Mosquito Program développe une méthode innovante utilisant la bactérie Wolbachia pour réduire la transmission de la dengue, du Zika et du chikungunya.

 

Installé dans la cité d’Henri IV, le centre européen d’un programme mondial contre la dengue peut surprendre. Pourtant, depuis 2022, la ville béarnaise accueille une antenne du Word MosquitoProgramme (VAMP), ONG australienne qui développe une méthode inédite pour enrayer les maladies transmises par les moustiques. En apparence, le principe est simple : introduire dans les moustiques aides gipsy une bactérie naturelle, la Wolbachia. Une fois relâchés, ces insectes se reproduisent avec les populations sauvages et transmettent progressivement cette bactérie, qui réduit fortement leur capacité à diffuser des virus comme la dengue, le Zika ou le chikungunya. « Au lieu d’éliminer les moustiques, nous les transformons en outil de protection », résume Scott O’Neill, biologiste australien et fondateur du programme. L’ambition est considérable : remplacer les campagnes massives d’insecticides par une solution durable, censée s’auto-entretenir après un seul déploiement.

Convaincre avant de relâcher

Reste un obstacle majeur : faire accepter l’idée de relâcher des moustiques dans des zones déjà infestées. Le WMP affirme placer l’adhésion des habitants au coeur de sa stratégie. Réunions publiques, consultations locales, enquêtes indépendantes : l’ONG assure n’intervenir qu’avec l’accord des populations et des autorités sanitaires. Cette prudence s’explique. À l’heure des controverses sur les biotechnologies et de la défiance envers les politiques sanitaires, la moindre expérimentation peut susciter des résistances. Le programme insiste donc sur un point : il ne s’agit pas de manipulation génétique, mais d’une bactérie naturellement présente chez de nombreux insectes. Les résultats avancés sont néanmoins spectaculaires. En Indonésie, le WMP revendique une baisse de 77 % des cas de dengue dans certaines zones. En Colombie, l’incidence aurait chuté de 95 %. Au total, l’organisation estime avoir évité plus de 1,5 million de cas dans le monde.

Pau, base arrière de la santé mondiale

Pourquoi Pau ? Après le Covid, l’ONG a choisi de quitter les grandes métropoles pour privilégier un fonctionnement plus décentralisé. Le Béarn offrait une qualité de vie attractive et un positionnement stratégique pour coordonner des opérations en Afrique et dans les régions tropicales. Treize salariés y travaillent aujourd’hui pour superviser des projets menés dans quinze pays. Mais la France métropolitaine n’est pas concernée à court terme. La méthode cible surtout l’aedes aegypti, un moustique peu présent en Europe. Le moustique tigre pourrait un jour suivre, mais l’urgence reste ailleurs : dans les pays où les épidémies explosent déjà sous l’effet du réchauffement climatique. ■ C.N.


 

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