Depuis le 1er juillet 2022, une nouvelle profession réglementée du droit est née du rapprochement des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires : le commissaire de justice. Rencontre avec l’un d’entre eux, à l’occasion du déplacement à Pau de Benoît Santoire, président de la Chambre nationale des commissaires de justice qui réunissait 48 offices.
Depuis le rapprochement des professions d’huissier de justice et de commissaire-priseur judiciaire, quels changements majeurs observez-vous ?
Le rapprochement a profondément transformé la profession. Aujourd’hui, le commissaire de justice peut intervenir sur toute la chaîne juridique : prévention des litiges, constats, exécution des décisions ou encore ventes judiciaires. Cette évolution rend le métier plus lisible et permet d’apporter des réponses plus rapides et plus cohérentes aux particuliers comme aux entreprises. Au sein des études, les équipes sont devenues plus polyvalentes et les dossiers plus transversaux, ce qui suppose davantage de technicité et d’adaptation. Une nouvelle identité professionnelle s’est également construite : le commissaire de justice est à la fois un acteur de l’exécution des décisions, un professionnel de la preuve et un garant de la sécurité juridique. Cette transformation continue avec l’arrivée d’une nouvelle génération formée directement à ce métier unifié.
Comment la profession s’adapte-t-elle à la numérisation des procédures et aux nouveaux outils technologiques ?
La transformation numérique est l’un des grands enjeux de la profession. Les commissaires de justice utilisent désormais des outils dématérialisés pour les échanges avec les juridictions et les avocats, la gestion des dossiers, la signature électronique ou certaines médiations à distance. La signification dématérialisée et l’ajout de QR codes sur les actes améliorent aussi la rapidité et la traçabilité des procédures. L’intelligence artificielle commence également à assister les professionnels dans l’analyse des dossiers ou le recouvrement amiable, mais toujours avec des gardefous : respect de la déontologie, protection des données et maintien de la décision humaine. Malgré ces évolutions, la profession reste attachée au contact de proximité afin de ne pas aggraver la fracture numérique.
Le commissaire de justice reste souvent associé au recouvrement et aux expulsions. Comment faire évoluer cette image ?
L’image héritée de l’huissier reste liée à des moments difficiles, alors qu’elle ne reflète qu’une partie du métier. Le commissaire de justice est aussi spécialiste de la preuve, médiateur, acteur de prévention des conflits et conseiller juridique de proximité. Faire évoluer cette perception passe par davantage de pédagogie, de présence sur le terrain et de communication autour de notre utilité sociale, notamment dans l’accompagnement des personnes en difficulté.
■ C.N.


















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