Fondée en 2017, la start-up faisait la promesse de chauffer la France à la géothermie. Huit ans plus tard, Arverne est cotée en Bourse et compte 250 collaborateurs. « On dit, on prouve » pourrait être sa signature.
C‘est l’histoire d’une start-up paloise qui a osé défier les énergies fossiles. Son nom ? Arverne. Son fondateur ? Pierre Brossollet, ingénieur, baroudeur du pétrole pendant 20 ans, devenu pionnier de la géothermie. En Béarn et même en France, il est assurément l’un des patrons qui aura conduit l’une des croissances d’entreprises parmi les plus fulgurantes ces dernières années. En 2017, ils n’étaient qu’une poignée, hébergés à Hélioparc, à croire dur comme roche en la géothermie et à rêver d’une France qui se chaufferait à la chaleur de la Terre. Huit ans plus tard, Arverne est cotée en Bourse, compte 250 collaborateurs et lance ses premiers forages, des Galeries Lafayette de Pau à l’aéroport de Roissy jusqu’à l’Alsace. Une trajectoire à 1 000 °C. Et une ascension fulgurante pour une conviction profonde : l’avenir énergétique de la France est sous nos pieds.
De l’or noir à la chaleur blanche
« J’ai travaillé vingt ans dans le pétrole. J’ai fait le tour du monde. J’ai compris qu’on pouvait faire la même chose… mais sans carbone. » Ce virage, Pierre Brossollet l’a pris à Pau, sur ses terres d’adoption. Là où tout a commencé. Là où il a fondé Arverne, du nom de ses racines auvergnates. La géothermie ? C’est l’énergie de la simplicité. « Le noyau de la terre est à 5 000 degrés. 99 % de notre bonne vieille terre fait plus de 100 degrés ! Il nous suffit d’aller chercher cette chaleur pour alimenter nos réseaux ! On creuse à 200 m pour chauffer ou rafraîchir un simple bâtiment, à 2 000 m pour alimenter des réseaux de chaleur et toute une ville en région parisienne. »
Croire, creuser, convaincre
En 2017, parler de géothermie, c’était presque une provocation. « À l’époque, on me disait : très bien, mais bon courage. » Il en a fallu, du courage. « La France est biberonnée au gaz de schiste russe, algérien, américain… Bienvenue dans la real politique, ce sont d’énormes sujets. Le Covid et l’Ukraine nous ont montré l’urgence de souveraineté. Nous avons besoin de décarboner mais n’avons pas de solution. Je suis persuadé que la géothermie est cette solution, l’alternative au gaz, aux fossiles. Pour avoir fait le tour du monde et avoir vu la géothermie fonctionner, c’est d’une puissance absolue. » Pour changer les choses, Arverne enchaîne les étapes administratives. Des montagnes de dossiers, des kilomètres de procédures. « La loi industrie verte a par exemple rallongé nos délais d’un an ! » Mais la ténacité paye. « On a promis beaucoup. On délivre aujourd’hui. Parce que chez Arverne, on travaille sur un temps long : aujourd’hui, nous sommes à quelques semaines de forer notre 1er puits en Alsace. Une autorisation qui aura pris 7 ans de formalités administratives ! Entre-temps, nous avons déjà foré pour des tiers qui décident de quitter le gaz pour passer à la géothermie : l’aéroport de Roissy, des industriels comme Safran, et une cinquantaine de communes d’Île-de-France. En 2027, la ville de Clichy-sous-Bois se chauffera à la géothermie et laissera tomber le gaz ! » Arverne veut faire plus que chauffer des bâtiments : elle veut réécrire la carte énergétique. Dans les profondeurs d’Alsace, ses ingénieurs travaillent sur une innovation majeure : extraire du lithium des eaux géothermales, ce métal, indispensable aux batteries. « Notre projet pourrait couvrir un tiers des besoins français. » Un défi colossal.
Un champion français
En parlant de défis, ici, on n’est pas en reste ! « Nous devons faire face à des défis industriels, économiques, politiques pour faire écrire des décrets, des lois, faire face à des défis écologiques, d’acceptabilité ou techniques qui doivent englober nos sous-traitants. » Pas de quoi effrayer Pierre Brossollet, lui qui a déjà avalé avec succès un Ironman, compétition de triathlon en format XXL. Père de cinq enfants, il ne lâche rien. « J’ai la foi. À titre personnel. Mais aussi dans mes équipes, dans le projet, dans le pays. » Et Pierre Brossollet de prendre son bâton de pèlerin. « Il faut faire connaître la géothermie, encore méconnue du grand public. C’est deux fois plus cher à l’installation, mais ensuite on ne paye plus rien ! Aujourd’hui, on est rentables au bout de huit ans. Notre objectif est de raccourcir ce délai. » Un combat permanent, dans la patience et la conviction. « Notre objectif à long terme ? Être le champion français de la géothermie. »
Section et Pôle Avenia
Mais alors, pourquoi rester à Pau quand on devient un acteur national ? « Parce que Pau, c’est la base. Le siège, les géologues, les ingénieurs, le coeur battant d’Arverne. Les autres collaborateurs se répartissant entre Strasbourg et Paris, entre la centaine de foreurs et les financiers spécialistes des salles de marchés. Ici, à Pau, on a tout : la culture du sous-sol, et un cadre de vie unique. Je peux randonner le matin et être au bureau à 10 heures. Et on a une équipe de rugby top ! » sourit l’administrateur de la Section Paloise. Un lien entre Arverne et le Béarn bien plus qu’économique : il est symbolique. « Le bassin de Lacq a fait la France énergétique d’hier. Il peut inspirer celle de demain. » Ses pairs des géosciences ne s’y sont pas trompés et l’ont élu président du Pôle Avenia. Pau, place forte des géosciences, c’est encore plus vrai avec un président comme Pierre Brossollet qui illustre parfaitement ce leadership. Arverne, histoire d’un pari fou devenu modèle, de la promesse tenue d’une entreprise béarnaise qui veut chauffer la France… dans un monde en quête d’énergie, Pierre Brossollet creuse son sillon avec audace et une énergie géothermique. ■ L.B.



















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