Les députés ont adopté en première lecture, le 5 février dernier, une proposition de loi modifiant en profondeur leur régime d’exploitation. Un texte très attendu par les industriels du secteur, notamment EDF et la Société Hydro-Électrique du Midi (SHEM), poids lourds de la production en Béarn et en Bigorre, qui avaient suspendu une partie de leurs investissements, faute de visibilité.
Après plus d’une décennie de tensions entre Paris et Bruxelles, l’avenir des barrages hydroélectriques français semble s’éclaircir.
Depuis 2014, la Commission européenne presse la France d’ouvrir à la concurrence les concessions hydroélectriques. Concrètement, lorsque l’autorisation d’exploiter un barrage arrive à échéance, d’autres opérateurs doivent pouvoir candidater. Une perspective que l’État français a longtemps cherché à contourner pour préserver son champion national, EDF. Dans ce climat d’incertitude juridique, les exploitants ont freiné leurs projets de modernisation et d’extension, parfois chiffrés en centaines de millions d’euros. « Les investissements se rentabilisent sur vingt à trente ans », rappelle Jean-Marc Lévy, délégué général du syndicat France Hydroélectricité. « Sans garantie sur la durée d’exploitation, ils deviennent trop risqués. »
Une visibilité retrouvée pour les grands ouvrages
Le compromis négocié avec Bruxelles repose sur un échange. EDF devra céder aux enchères 40 % de ses capacités de production hydroélectrique, qui pourront être acquises par des industriels ou des fournisseurs d’énergie concurrents. En contrepartie, l’État abandonnera le système des concessions au profit d’autorisations d’exploitation pouvant courir jusqu’à 70 ans. Une stabilité qui devrait libérer des investissements longtemps différés. EDF prévoit ainsi d’injecter plus de 4,5 milliards d’euros d’ici à 2035 pour moderniser ses infrastructures et accroître de 10 % sa production d’électricité. En Béarn et en Bigorre, plusieurs sites sont concernés, notamment dans la vallée d’Aspe, à Arrens-Marsous ou encore à Pragnères. La SHEM, exploitante de barrages emblématiques comme Artouste ou Fabrèges, reste plus discrète mais confirme que le nouveau cadre législatif ouvre des perspectives. L’accord ne fait toutefois pas l’unanimité.
Une inégalité de traitement
Le nouveau régime ne concerne que les installations produisant plus de 4,5 mégawatts. Les barrages plus modestes demeurent soumis aux règles de concurrence, laissant leurs exploitants dans une incertitude persistante. Pour Jean-Marc Lévy, cette distinction crée une inégalité de traitement et pourrait freiner la modernisation d’une partie du parc hydroélectrique français. Alors que la transition énergétique pousse à renforcer les capacités de production d’électricité décarbonée, l’enjeu dépasse la simple querelle juridique. L’hydroélectricité, première source d’énergie renouvelable du pays, se retrouve au cœur d’un équilibre délicat entre souveraineté industrielle, exigences européennes et impératifs climatiques. Le vote définitif du texte dira si ce compromis peut réellement solder douze années de bras de fer.
■ C.N.


















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