Au coeur des bastides de Nouvelle- Aquitaine, le Béarn constitue un ensemble à part. Deux colloques récents ont permis de dresser un pont entre ces bastides médiévales et une réflexion sur les villes et villages de demain.
Les bastides constituent une particularité béarnaise récemment mise en lumière par deux rencontres : le colloque « Bastides : nouvelles perspectives » à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, le 3 octobre dernier et le Forum médiéval de Nay les 4 et 5 octobre. Incarnant la rencontre entre géopolitique, commerce et identité locale, il faut rappeler que ces bastides sont nées sous l’impulsion des vicomtes de Béarn entre la fin du XIIIe et le XIVe siècle. Nay (1302), Garlin (1302), Navarrenx (1316), Lestelle-Bétharram (1335) ou Labastide-Villefranche (1292) illustrent cette diversité. Encore aujourd’hui, au coeur du Pays de Nay et du Béarn des Gaves, ces bastides animent les bourgs béarnais : places à arcades, maisons de pierre, marchés hebdomadaires… Leur plan régulier s’adapte à la topographie, leur place centrale demeure un pôle d’échanges et de sociabilité et leurs enceintes, parfois fortifiées, rappellent les enjeux de défense des rivalités seigneuriales du Moyen Âge.
Équilibre entre développement, pouvoir et vie collective
Le colloque scientifique co-organisé par l’UPPA, le laboratoire ITEM (Identités, territoires, expressions, mobilités) et la fédération des Bastides d’Aquitaine a réuni une quinzaine de chercheurs pluridisciplinaires (histoire, histoire du droit, archéologie, histoire de l’art, aspects patrimoniaux…). Loin de n’être qu’une simple grille urbaine – organisation en damier, place centrale – les recherches récentes et le renouvellement historiographique ont révélé que ces bastides exprimaient surtout une société en mouvement, portée par trois dynamiques : l’affirmation des pouvoirs politiques, la montée des échanges commerciaux et les mutations agricoles. Les 4 et 5 octobre, c’est Nay, lors de son Forum médiéval qui a appelé à réfléchir à ces architectures urbaines spécifiques. La thématique était la suivante, « À l’époque des bastides : entre croissance et crise ». Ou comment ces villes médiévales ont traversé les bouleversements économiques et sociaux jusqu’à aujourd’hui. En Béarn en particulier, elles ont ainsi favorisé la pénétration du commerce dans le milieu rural et pastoral. Le secteur de Nay présente sur ce sujet un intérêt particulier. Créée en 1302 comme centre administratif, la commune de Nay prendra la forme d’une bastide classique. Pas loin, se situe Rébénacq, l’une des dernières bastides créées en Aquitaine. Sa proximité avec les montagnes explique sans doute son plan très singulier – le projet initial était réduit à une place de 70 mètres de côté. Elle est typique de ces bastides implantées entre 1330 et 1350 sur les « communs » réservés aux pâturages.
Une inspiration pour penser la ville de demain ?
Les deux rencontres ont posé un regard nouveau sur ces particularités béarnaises. Hier, considérées avant tout comme des instruments d’organisation territoriale, les bastides apparaissent en réalité comme de véritables laboratoires politiques, économiques et sociaux. Soit pour les édiles d’aujourd’hui et de demain un terreau riche, propice à inspirer les politiques locales de revitalisation rurale, de tourisme patrimonial et de développement durable. ■ N.F


















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