Aux manettes de sa société de dépollution Tectamiante, depuis 2013, Bettina ille gère le désamiantage de l’enveloppe extérieure du bâtiment, pour des maisons individuelles et du tertiaire. Du dossier au pilotage de chantier, elle s’investit dans la sécurité et la technicité, pour son équipe comme pour ses clients. À bas bruit, elle a construit une entreprise solide et reconnue.
Mon job, c’est le toit ! » La voix est douce, le ton posé, la théière partagée, mais les a priori vont vite céder. Chez Tectamiante, la dirigeante s’appelle Bettina ille et si elle réalise les dossiers techniques au bureau, c’est surtout à l’encadrement du chantier, voire sur les toits, qu’elle s’impose, pour toutes les opérations extérieures de désamiantage conduites par sa société. Un métier ultra codifié et exigeant. Retour en 2011. Bettina ille est gestionnaire de sinistre chez Pacifica depuis huit ans. Avant, elle a travaillé quatre ans comme juriste à la régie municipale de Cauterets, après un DESS en droit des affaires à Pau. Elle a 40 ans, une enfant et l’envie d’entreprendre qui pousse dans un coin de sa tête. Elle y rencontre Christophe Renaud, un collègue embauché le même jour, qui deviendra son conjoint et futur associé. Ils explorent plusieurs possibilités de reprise d’entreprise, se lancent. « On était à un carrefour dans nos vies, on a pu racheter TCA – Toiture Côte Atlantique – une entreprise de couverture, pour laquelle on est toujours associés à 50 % chacun. » Le 4 mai 2012, un décret rend obligatoire la certification des entreprises qui désamiantent. « C’est l’une des certifications les plus dures à obtenir en France, je me suis dit qu’il fallait qu’on l’obtienne pour continuer notre activité de désamiantage. » Pendant plus d’un an, elle s’attelle à l’habilitation, écrit les procédures et crée en 2013 une 2e structure dédiée au désamiantage, Tectamiante, détenue à 50 % avec son associé, et dont le code NAF est la dépollution. Elle embauche, forme son équipe, obtient la certification AFNOR, « un processus hypercomplexe avant d’avoir l’habilitation quinquennale ; et des contrôles inopinés à tout moment ». Aujourd’hui, elle gère une équipe de 4 personnes – 3 opérateurs, 1 encadrant chantier.
« Ce qui me plaît, c’est le terrain »
Sa journée démarre à 7h30 : vérification du matériel, brief avec l’encadrant chantier et les opérateurs. « Il n’y a pas de routine, chaque jour est différent. J’étudie la cartographie du chantier, l’analyse des risques. Sur le terrain, je réceptionne les échafaudages, les engins de levage, il y a une très grosse préparation avant chaque intervention. » Son métier, elle en parle avec « passion », un mot qu’elle prononce plusieurs fois. « De par mon caractère, mon parcours personnel – beaucoup de danse classique, du droit – je suis quelqu’un de très carré. Le désamiantage est un secteur qui requiert rigueur, organisation et anticipation. » Par choix, elle fait peu de marchés publics et travaille principalement avec les entreprises locales de couverture, sur des maisons individuelles ou des bâtiments tertiaires, principalement en rénovation et sur l’extérieur du bâtiment (toiture et façade). Depuis 1997, l’amiante est interdit dans la construction en France. « Avant de refaire une toiture, il faut souvent désamianter, surtout pour les ardoises composites, assez courantes en Béarn, vers Oloron ou la vallée d’Aspe, qui contiennent de l’amiante, au même titre que les tôles ondulées. » En 2022, la tempête qui balaye Soumoulou et ses alentours, affaiblit 1 000 toitures à reconstruire. « Il y a eu énormément de demandes, de longues procédures et pour nous, trois ans de travaux intenses qui s’achèvent aujourd’hui » précise Bettina ille.
L’entrepreneuriat, un gène familial
Pour expliquer son goût d’entreprendre, elle convoque d’entrée son père. « Autodidacte, il a toujours eu l’esprit d’entreprendre, plusieurs métiers. Je l’ai vu heureux, j’ai senti que je voulais moi aussi me lancer » se souvient-elle. Elle qui définit son management comme « participatif, maternant, peut-être trop ! » met en haut de ses priorités la sécurité, « celle de mes équipes et des couvreurs qui sont ses clients ; je vérifie tout, tout le temps. Nous avons investi dans plusieurs engins de levage pour minimiser la manutention. » Et pour multiplier les compétences en interne, elle a passé son permis poids lourd et son permis remorque de plus de 2 tonnes. L’air de rien… Aujourd’hui, Tectamiante travaille essentiellement pour des entreprises de couverture dont sa seconde société TCA. L’entreprise affiche un CA 2024 de 933 000 euros, en progression constante. « Je ne souhaite pas grandir plus, car je veux conserver une qualité de réalisation et de service et maintenir ma certification. Cela fait 13 ans que j’épaule les entreprises locales de couverture, les maîtres d’oeuvre et les syndics pour résoudre leur problématique amiante. Aujourd’hui, les protocoles sont ultra-sécurisés – équipement, unité mobile de décontamination, masques, filtres… Sans parler du reporting administratif obligatoire – médecine, mesures d’empoussièrement, fiches contrôles quotidiennes et fiches d’expositions conservées pendant toute la carrière du salarié. Le cadre est strict, on n’a pas le droit d’effectuer une vacation de plus de 2h30 de suite sur site. C’est un métier très hiérarchisé, tout se construit avec les équipes. » Comment s’estelle fait accepter dans un milieu quasi exclusivement masculin ? « Ma place n’a jamais été contestée en tant que femme. Je suis tout le temps là. Quand il faut donner un coup de main, je m’équipe, je monte sur le toit et j’aide. » Instinctive et réactive, elle a envie de convaincre les jeunes femmes d’oser son métier. Sans en faire un combat. Juste parce que c’est un métier qu’elle aime. De la conviction dans un gant de velours, la sécurité toujours en premier.
■ Nathalie Faure



















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