Inspirés par la nature, des chercheurs et des startups transforment les déchets coquilliers en matériaux de construction ou de décoration : parpaings, bétons, revêtements, peintures. David Grégoire professeur à l’UPPA, a joué un rôle moteur dans cette innovation écoresponsable.
Chaque année, des milliers de tonnes de coquilles d’huîtres sont produites par les filières ostréicoles françaises, dont une grande partie finit en déchet non valorisé. Le professeur David Grégoire, à la tête du Laboratoire des Fluides Complexes et leurs Réservoirs (LFCR) de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), ainsi que son équipe ont exploré une voie ambitieuse : remplacer ou alléger le sable et le gravier par des coquilles d’huîtres concassées pour fabriquer des bétons. Leur démarche combine deux enjeux cruciaux : économie circulaire (valoriser un résidu ostréicole), et réduction de l’empreinte carbone. « En utilisant des coquilles d’huîtres comme granulat (agrégat) dans les bétons, l’impact environnemental baisse significativement, tout en maintenant des performances mécaniques adaptées, explique le professeur. On peut construire autrement, en s’inspirant de ce que la nature nous offre. »
La nacre, remarquablement résistante
Par ailleurs, la couche intérieure du coquillage révèle des propriétés mécaniques remarquables. David Grégoire précise : « La nasale (la nacre) présente une résistance à la rupture bien supérieure à celle de l’aragonite pure. Ces caractéristiques inspirent les formulations bios inspirées de béton, mais aussi d’enduits ou de parements. Des prototypes de blocs de construction (parpaings) sont en cours de tests, dans des laboratoires et sur sites pilotes, afin de vérifier leur durabilité, leur résistance humides secs et leur coût de production. En utilisant et optimisant les déchets d’huîtres, on pourrait mettre au point de nouveaux bétons bios inspirés permettant de faire face au déficit mondial en sable. »
Des entreprises déjà sur le terrain
Pour des usages non porteurs (enduits, revêtements de sol, parements, décorations), le matériau est déjà opérationnel. Plusieurs startups ou entreprises françaises ont déjà transformé ces idées en produits commercialisés ou en phase de pré-industrialisation. Pour exemple, l’entreprise Cool Roof a conçu un produit mono-composant qui intègre de la poudre de coquille d’huîtres, en phase aqueuse, blanc opaque, et sans émission de COV, pour la protection des toitures contre la chaleur (jusqu’à 8 °C de réduction sur la température intérieure et 40 % d’économie sur les factures de climatisation). De grandes marques (Leclerc, Boulanger, Hyper U, TotalEnergies…) ont fait appel à ses services pour refaire leur toiture. En Vendée, la startup Alegina valorise les coquilles d’huîtres dans la fabrication de porcelaine haut de gamme, de pavés drainants et de substrats pour toitures végétalisées. Elle dispose aujourd’hui d’une capacité de traitement de plusieurs centaines de tonnes par an, et prévoit de monter en puissance.
Enjeux et perspectives pour le BTP
L’adoption de ces matériaux biosourcés soulève plusieurs défis. Les normes de construction imposent des caractéristiques précises (résistance mécanique, résistance au gel, durabilité, tenue aux cycles hygrothermiques). Il faudra que les matériaux coquilliers les satisfassent pour pouvoir être autorisés dans les murs porteurs, les parpaings structurels, etc. Le professeur Grégoire note que « la collecte et la transformation constituent une part non négligeable du coût, mais c’est le prix à payer si l’on veut transformer un résidu en ressource ». À terme, la coquille d’huître pourrait donc devenir un matériau “standard” dans certaines zones côtières ou ostréicoles, créer des emplois et améliorer l’autonomie des territoires. ■ Catherine Nerson
Des revêtements de sol en nacre
Spécialisée dans les revêtements perméables, Résineo (LRVision) a développé un revêtement de sol à base de nacre de coquilles d’huîtres recyclées. Un exemple concret : la rénovation de la terrasse de la Cabane d’Omer’s à Marennes Oléron (photo) qui a accueilli sur environ 130 m², le nouveau revêtement Résineo Quartz chiné de nacre, qui mêle coquilles et quartz. Esthétique et résistant.
40 %
C’est en moyenne ce que la peinture à base de coquilles d’huîtres inventée par une entreprise bretonne (Cool Roof) fait économiser en matière d’énergie. Cette peinture climatique réflective qui n’est pas un isolant, pulvérisée sur les toits des maisons et des bâtiments, permet d’atténuer la chaleur à l’intérieur. Elle est confectionnée à base de 10 % de poudre de coquilles d’huîtres inutilisées, que l’on nomme Ostrecal. De quoi limiter le recours aux climatisations en plein été.
En utilisant et optimisant les déchets d’huîtres, on pourrait mettre au point de nouveaux bétons bios inspirés permettant de faire face au déficit mondial en sable.
Le professeur David Grégoire, à la tête du Laboratoire des Fluides Complexes et leurs Réservoirs (LFCR) de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA).



Des revêtements de sol en nacre
En utilisant et optimisant les déchets d’huîtres, on pourrait mettre au point de nouveaux bétons bios inspirés permettant de faire face au déficit mondial en sable.














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