Elle est la plus ancienne entreprise française de clôture électrique encore en activité. Depuis Orthez, la CREB, société familiale, exporte ses produits aux quatre coins de la France et même à l’étranger. Richard Luquet, la 3e génération, s’appuie sur l’innovation en permanence.
Rue Saint-Pierre, au coeur d’Orthez, l’enseigne originelle Le Gardien Électrique – ancien nom de la CREB – est encore bien fixée au mur et sur le portail. Son aspect jauni est un marqueur du temps qui passe. Il faut dire qu’elle est la plus ancienne entreprise de clôture électrique encore en activité en France : pour des chiens de particuliers, pour des troupeaux d’éleveurs… Presque 80 ans d’histoire et toujours debout. Une aventure commencée officiellement au sortir de la guerre. Officieusement pendant. « Mon grand-père était quelqu’un de très ingénieux alors qu’il n’était pas du métier. Il allait acheter des fils de cuivre pour fabriquer des clôtures. Il avait fui l’Espagne et le franquisme avec sa famille pour arriver à Orthez », rappelle Richard Luquet, la 3e génération arrivée dans la société en 2005.
Dans la famille, l’électrique et l’électronique, c’est sacré. Le grand-père a installé le premier poste de télévision dans le département. Le premier oncle a pris sa suite à la tête de la CREB, le deuxième oncle avait un magasin d’électroménager et filmait les matchs de l’Élan Béarnais à la Moutète ! Richard Luquet, lui, a successivement travaillé sur la compatibilité électromagnétique à la SAGEM, sur les semi-conducteurs chez IBM et sur les cartes électroniques pour Solectron. La CREB a développé une vaste gamme d’électrificateur pour ses clients : les coopératives agricoles, les agriculteurs et les particuliers. Les équipes assurent la conception, la fabrication des cartes électroniques, des transformateurs, l’assemblage et enfin le SAV pour compléter la boucle.
Un bureau d’études… actif
Même s’il affirme qu’il n’était pas destiné à reprendre le flambeau de la CREB, son expérience professionnelle indiquait cette direction. Son oncle avait permis de faire basculer les clôtures, des systèmes mécaniques, comme les vis platinées, vers les transistors. Lui a apporté la partie électronique et les microcontrôleurs. « Autour d’une électronique semi-analogique et numérique, il a su apporter des idées novatrices en termes de design. Le prochain challenge sera l’introduction d’appareils connectés et pilotés à distance car nous ne sommes pas encore sur ce marché », dit-il, avec humilité.
Pourtant, il n’y a qu’à regarder le catalogue de la CREB pour constater qu’il a créé la majorité des 150 références, sans compter les produits faits sur-mesure pour des clients. Autour d’une équipe resserrée avec ses compétences, ses connaissances et son ingéniosité. Comme des électrificateurs qui envoient 10 000 volts en basse impédance et avec une faible consommation ou d’autres fonctionnant avec des capteurs solaires. L’ancien G.O au Club Med est devenu un géo trouve-tout à sa manière. « Je tiens ça de mon grand-père. Quand je jouais au basket, je voulais toujours inventer des systèmes alors que mes coéquipiers ne voulaient pas s’embêter avec cela. J’aime avoir toujours le cerveau en marche », avoue le chef d’entreprise.
L’Europe et même Taïwan !
Toute la partie électronique est effectuée directement à l’atelier de la CREB. Les Adapei d’Orthez et de Salies de Béarn sont également dans la boucle, en charge de certaines étapes. Les coopératives agricoles sont les plus gros clients de la CREB, à hauteur de 85 %. L’entreprise travaille avec des centrales de référencement, notamment Apex où on retrouve localement Euralis. Avec Richard Luquet et ses équipes d’une vingtaine de salariés, elle exporte également à l’étranger : Espagne, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Grèce, Dubaï… et même en Asie.
« Nous avons fait des designs spéciaux pour Taïwan. Ils souhaitaient un appareil 110 volts à brancher directement, sans trop dégrader les performances. En parallèle, un client japonais nous avait demandés un appareil très rapide pour garder des singes ou localement un appareil pour combattre les frelons asiatiques », cite Richard Luquet, toujours prêt à inventer de nouvelles choses. Pour répondre aux attentes d’une clientèle globale et faire face à une concurrence de plus en plus aiguisée qui n’hésite pas à délocaliser la production, la CREB a décidé de développer et fabriquer en interne une gamme complète allant du premier prix, au milieu et haut de gamme. « Il est important de proposer une palette complète à nos clients afin de laisser moins de place à la concurrence », lâche le dirigeant.
Place aux accessoires
Richard Luquet ne s’arrête jamais. Le sexagénaire, toujours aussi passionné, est en train de mettre la CREB sur le marché des accessoires : rubans, cordons tressés, filets pour les troupeaux, piquets en fibre de verre… Il a imaginé certains modèles. Et il travaille en partenariat avec des sociétés sous-traitantes. Un choix dicté par le caractère consommable des accessoires, qui représente la majorité du business et qui permet d’avoir une visibilité sur l’avenir.
« Nous devons être compétitifs sur l’ensemble du secteur », ajoute le chef d’entreprise. « Si vous n’êtes pas présents, un client va nous dire que nos produits sont très bien mais il va aller ailleurs pour avoir besoin de faire qu’une seule commande complète. » L’innovation n’empêche pas le pragmatisme. La formule gagnante pour la CREB. L’enseigne originelle n’est pas près d’être retirée au centre-ville d’Orthez.


















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