Sur le bassin de Lacq se trouve la plus grande usine au monde spécialisée dans la fabrication de fibres de carbone. Un matériau utilisé dans l’aérospatiale, l’automobile, l’énergie… Derrière cela, un groupe japonais de 48 000 salariés mais surtout un homme qui incarne le succès béarnais de cette entreprise, Jean-Marc Guilhempey, le PDG de Toray Carbon Fibers Europe.
« Ici, on produit de la fibre de carbone premium. » Premium, le mot est souligné par Jean-Marc Guilhempey, pour qui l’excellence est un maître-mot. L’excellence dans laquelle Toray grandit ici depuis 1985, et surtout depuis la nouvelle usine érigée en 2014 à Lacq. Toray, c’est l’un des industriels majeurs du Béarn. L’une des usines symboles de l’après-gaz sur le Bassin de Lacq. Et pour ceux qui se demandent ce que pèse Toray, un chiffre, un seul : depuis 1985, date de son arrivée, Toray a investi l’équivalent de 1,4 milliard d’euros en Béarn ! Fort de ses 430 collaborateurs béarnais, Toray dispose d’un dénominateur commun : Jean-Marc Guilhempey. Parce qu’il fait ses premiers pas dans cette usine qui s’appelait encore la Soficar en 1985, parce qu’il a gravi tous les échelons jusqu’à être aujourd’hui le patron des sites de Toray en France mais aussi membre du conseil d’administration du groupe à Tokyo. Il connaît mieux que quiconque le marché de la fibre de carbone. Un capitaine d’industrie de la trempe des visionnaires, de ceux qui font la différence, investissent au bon moment, prennent les virages adéquats et savent valoriser le travail de leurs collaborateurs.
Toray, leader mondial
Chez Toray, on compte 100 % de capitaux japonais. Si la R&D sur la fibre de carbone est assurée au Japon, l’usine d’Abidos a la charge de produire pour alimenter le marché européen. « Nous venons d’ouvrir notre sixième ligne de production sur le site d’Abidos. Nous y produisons de la fibre de carbone, destinée principalement à deux secteurs d’activité : l’aérospatiale (30 %) – aujourd’hui aucun avion ne pourrait décoller si jamais les constructeurs décidaient de ne plus utiliser la fibre de carbone – et pléthore d’usages dans l’industrie (70 %). » À commencer par l’automobile, avec du carbone dans les châssis ou les tableaux de bord, mais aussi l’énergie pour les pales d’éoliennes ou encore le nautisme avec les spoilers des catamarans de courses. Autant d’innovations et de challenges techniques à relever régulièrement. « Toray est leader mondial. En Europe, où nous sommes aussi leader, le marché avoisine les 14 000 tonnes. La fibre de carbone est un matériau d’avenir, par rapport à sa légèreté et à ses caractéristiques mécaniques. »
Pas plus épais qu’un cheveu
La fibre de carbone ? D’abord de l’acrylonitrile liquide qui, polymérisé et mélangé à un solvant, va donner une pâte qui sera poussée à très haute pression dans des filières pour donner des fils blancs, pas plus épais que des cheveux. Ceux-ci seront ensuite oxydés et carbonisés dans des fours à haute température, lavés, séchés puis imprégnés de résine afin d’obtenir de la fibre de carbone. « Depuis 10 ans, les performances de ce matériau sont de plus en plus fortes. Nous avons fait le choix de nous spécialiser dans le segment des fibres de carbone très techniques, très fines. Pour cela, il faut donner les moyens aux équipes, avec par exemple de l’intelligence artificielle pour détecter les défauts. » Une volonté de développement permanente, dans laquelle l’usine dispose d’une réelle indépendance. « La confiance et la fidélité à l’entreprise font partie de la culture des Japonais. Nous avons la même fidélité aux nombreux sous-traitants qui nous accompagnent au quotidien. »
Préférer le coup d’avance
La fidélité, Jean-Marc Guilhempey en est aussi un symbole. Natif de Castres, il a démarré sa carrière chez Michelin, un BTS fabrication mécanique automatisme en poche. « C’est en 1985 que j’ai été embauché à la Soficar – devenue Toray -, dirigée à l’époque par Michel Brisson. J’ai gravi toutes les marches passant de la partie technique au management, jusqu’à en devenir PDG. Au passage, j’ai obtenu un diplôme d’ingénieur à l’INSA Toulouse. » On n’a rien sans rien dans la vie et c’est parce qu’il sait être exigeant, envers lui-même et envers les autres, que la réussite est au rendez-vous. Même si la conjoncture économique connaît des soubresauts, la vision de Jean-Marc Guilhempey reste guidée par le développement. « Il ne faut pas avoir des stratégies qui sont des stratégies de réduction de coût ou uniquement d’optimisation. Il faut regarder le monde, observer les attentes clients, anticiper pour pouvoir être le premier, avoir un coup d’avance. » Son professionnalisme et ses valeurs viennent d’être reconnus par l’État, via le grade de chevalier de la Légion d’honneur lors de la promotion du 1er janvier 2026, par le ministère de la Défense. « C’est vraiment un honneur et une très grande fierté à laquelle j’associe mes salariés mais aussi mon épouse, mes enfants et petits-enfants. Car derrière cette carrière, ils ont toujours été à mes côtés. » Et d’aller même plus loin. « Franchement, j’adore cette entreprise et les personnes qui travaillent ici. Nous avons un taux de rotation extrêmement faible au niveau du personnel. Les salariés se trouvent bien chez nous parce qu’il y a de bonnes conditions de travail. » Vice-président de Chemparc, moteur dans le renouveau du bassin de Lacq, il sait aussi, malgré un agenda dense, profiter de ses quelques heures de loisirs. S’il aime se faire la caisse à vélo de route ou juché sur son VTT dans les bois autour de Monein, voire dévaler les Pyrénées en ski de rando, Jean-Marc Guilhempey est aussi un grand fan de pêche, au gros ou à la truite… toujours en mode no kill. Comme quoi, l’excellence ne le quitte jamais !
■ L.B.



















0 Comments