Ils sont seulement 703 à exercer cette profession en France qui consiste à retrouver les héritiers d’un défunt. Denis Legrand, directeur régional d’ADD & Associés à Pau, lève le voile sur ce métier aux allures de Sherlock Holmes.
À la différence de la généalogie familiale, la généalogie successorale est pratiquée par des professionnels dans un cadre légal et administratif. Elle consiste à rechercher les héritiers légitimes d’une personne décédée ab intestat, c’est-à-dire sans laisser de testament ou de proches identifiables. Pour régler des cas de successions incluant des biens immobiliers, c’est le plus souvent à un notaire que l’on pense spontanément. Il est généralement en mesure d’identifier et d’établir de façon précise le nombre, la qualité et le rang des héritiers dans la succession. Toutefois, lorsque qu’il a un doute, il s’appuie sur l’expertise du généalogiste successoral et le missionne afin de vérifier la dévolution et lui permettre de rédiger, avec certitude, l’acte de notoriété qui en découle.
Un rôle crucial
Après plus de dix ans passés dans le notariat, fort d’un Diplôme de 1er Clerc et du Master 1 Droit Notarial et du Diplôme de Notaire (CFPN de Bordeaux), Denis Legrand se lance en tant que généalogiste successoral. Directeur régional de l’étude ADD & Associés, qui figure parmi les leaders de la généalogie en France et dans le monde, il officie aujourd’hui en tant que prospecteur régleur. « Nous travaillons avec des institutionnels, des notaires, des banques, des syndics, des tuteurs, des particuliers et d’après la loi avec toute qui personne “ayant un intérêt direct et légitime à l’identification des héritiers ou au règlement de la succession” (art. 36 de la loi du 23 juin 2006 portant réforme des successions). Notre profession est composée de chercheurs – ils nous permettent d’établir des dévolutions, des localisations de personnes ou retrouver des origines foncières – et de prospecteurs régleurs effectuant la gestion juridique et la liquidation des droits successoraux. »
Investir pour être efficace
L’étude est la première à avoir développé le numérique (plateforme d’échange sécurisé pour les prescripteurs, tableaux généalogiques numériques et développement de l’intelligence artificielle dédiée) et continue d’investir pour garder cette avance afin d’être toujours plus efficiente. 43 % des dossiers successoraux traités par ADD & Associés partent à l’international. « Basés dans les Pyrénées- Atlantiques, nous devons souvent chercher des héritiers en Espagne, en Amérique du Sud – il y a eu une diaspora basque. La société ayant changé – déplacement des populations, familles recomposées, etc. – la recherche est complexe. Les mariages entre Français et étrangers représentent actuellement 12 % des mariages en France. (contre 6 % en 1992). L’augmentation des échanges culturels, universitaires, touristiques et économiques explique ce phénomène qui entraîne aussi des recherches de filiation loin de nos frontières. Cependant, avec notre forte expertise, des techniques d’investigation spécifiques, des autorisations administratives réglementées et dérogatoires, des moyens humains et financiers permettant de retrouver des héritiers potentiels partout dans le monde, nous nous engageons à traiter nos dossiers dans les délais les plus courts – en moyenne, sauf recherches à l’étranger, 45 jours pour une vérification de confirmation de dévolution successorale. »
Des histoires bouleversantes
Denis Legrand a beaucoup d’histoires cocasses à raconter, de celles qui ont bousculé bien des destins comme celui de cet héritier assez âgé qui avait confié un dossier de vérification de dévolution à un notaire en indiquant que sa famille d’origine juive avait été décimée pendant la guerre. « Lorsque je l’ai appelé pour lui dire que nous avions trouvé des héritiers de rang préférable au sien il m’a dit : “Vous savez à mon âge, vous m’annoncez que j’ai de la famille, c’est plus important que d’hériter.” » De quoi se lever le matin avec plaisir.
■ Catherine Nerson
Naissance d’une profession
Vers 1830 à la fin du règne de Charles X, Hippolyte Trannoy, clerc de notaire, se lance dans une vaste enquête pour retrouver des héritiers disparus. Après un an de recherches, il présente son important travail et les frais générés… que les héritiers refusent au motif que ceux-ci ne sont pas prévus par le tarif des notaires. Cette mésaventure le conduit à s’associer avec des avocats, notamment Maître Gustave Pelletier. Avec lui, l’activité de généalogie successorale prend forme et devient une profession. Mais, c’est sous l’impulsion du gendre de Gustave Pelletier que naît, en 1895, la première étude de généalogie. Cependant, des archives du XVIIe révèlent que ce métier existait déjà, bien avant Trannoy.
18 000
C’est le nombre de dossiers traités chaque année par Généalogistes de France, le plus grand organisme représentatif de France auquel ADD & Associés appartient. Ajoutons à ce chiffre, 150 000 héritiers retrouvés par an et 1 milliard d’euros distribués annuellement. Il existe à ce jour 703 porteurs de cartes de généalogistes.
Je suis tombé dans la généalogie successorale par hasard et j’y suis resté par amour du métier. On entre dans l’intimité des familles avec parfois des fins très belles.
Denis Legrand, directeur régional du cabinet de généalogie successorale ADD & Associés à Pau.



Naissance d’une profession















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