Les entreprises de la Nouvelle-Aquitaine ont traversé 2025 sans sombrer dans la récession. Selon l’enquête annuelle de la Banque de France menée auprès de 3 780 sociétés dont 255 en Béarn, l’activité reste fragile mais les perspectives pour 2026 laissent entrevoir un redressement prudent, porté par l’innovation, l’investissement numérique et l’adaptation des organisations.
Protectionnisme américain renforcé, conflits armés prolongés, climat politique incertain en France : rarement le contexte international aura semblé aussi volatil. Pourtant, l’économie hexagonale a tenu bon en 2025. La croissance du produit intérieur brut s’établit à 0,9 %, selon la première estimation de l’Insee, confirmant la capacité du tissu productif à absorber les chocs successifs de la décennie. « En 2025, on craignait la récession mais on y a échappé », observe Sylvain Carrère-Gée, directeur départemental de la Banque de France. Le ralentissement demeure néanmoins marqué et ne devrait pas s’accélérer à court terme. Autre signal encourageant : le risque inflationniste semble désormais maîtrisé, offrant un horizon plus lisible aux entreprises. « Cette résistance s’explique largement par la faculté d’adaptation des dirigeants » souligne Didier Laporte, président de la CCI Pau Béarn. Réorganisation interne, ajustements opérationnels, diversification des approvisionnements : autant de leviers qui ont permis aux entreprises de traverser une période agitée et d’envisager une sortie progressive de la zone de vulnérabilité, dès 2026.
Une industrie sous pression mais toujours debout
Dans la région, l’industrie affiche une robustesse contrastée. Le chiffre d’affaires global s’est contracté, conséquence d’une concurrence internationale exacerbée et d’une demande parfois atone. Certaines filières restent particulièrement exposées, tandis que d’autres amorcent un redressement timide. Face aux tensions, les dirigeants ont multiplié les stratégies d’optimisation : flexibilité accrue des chaînes d’approvisionnement, modernisation des procédés de production et amélioration de la productivité. « Des ajustements qui soutiennent la résilience du secteur, affirme Sylvain Carrère- Gée. L’emploi, en revanche, recule légèrement, notamment dans l’intérim, traditionnel amortisseur des fluctuations économiques. Quelques entreprises poursuivent toutefois leurs recrutements, signe d’une confiance mesurée dans l’avenir. Pour 2026, les perspectives s’améliorent. La plupart des segments industriels anticipent une progression du chiffre d’affaires et un redressement de la rentabilité. Les investissements devraient également repartir, en particulier dans les infrastructures numériques et la transformation technologique.
Les services tirés par la transition numérique
Le secteur des services confirme son rôle de moteur, avec une dynamique plus favorable dans les prestations aux entreprises que dans celles destinées aux particuliers. L’an dernier, la progression du chiffre d’affaires s’est globalement alignée sur la hausse des tarifs, préservant les marges sans réelle accélération de l’activité. Les services aux entreprises bénéficient de plusieurs tendances structurantes : montée en puissance de l’intelligence artificielle, numérisation des processus et développement des solutions liées à la transition énergétique. Ils restent toutefois pénalisés par les arbitrages budgétaires des industriels, notamment en matière d’intérim. Les services à la personne, eux, évoluent de manière plus irrégulière. La croissance y demeure fragile, malgré des besoins structurellement élevés. Une légère reprise de la consommation des ménages pourrait néanmoins soutenir l’activité en 2026.
Construction : un recul moins sévère qu’anticipé
Le secteur du bâtiment a mieux résisté que prévu. Si l’incertitude économique et politique freine certains projets industriels et pèse sur les marchés publics, d’autres segments montrent des signes de vitalité. Les appels d’offres progressent notamment dans les domaines de la défense et des nouvelles technologies. Par ailleurs, les dispositifs de soutien à l’accession à la propriété, conjugués à la détente progressive des taux immobiliers, stimulent la construction résidentielle. L’activité devrait se stabiliser dans le bâtiment en 2026. Les travaux publics pourraient, en revanche, pâtir du contexte électoral, traditionnellement moins favorable aux investissements structurants.
Des filières industrielles aux trajectoires divergentes
Dans le détail, la situation reste très contrastée selon les branches. L’industrie agroalimentaire enregistre un recul de son chiffre d’affaires, essentiellement lié à la contre-performance de la production de boissons, pénalisée par la baisse des exportations. Les équipements électriques et électroniques marquent également le pas, malgré une demande soutenue dans des segments stratégiques comme la défense ou les data centers. À l’inverse, le ralentissement des marchés latino-américains et chinois pèse sur les volumes. La fabrication de matériels de transport affiche elle aussi des évolutions différenciées. L’aéronautique et le ferroviaire demeurent orientés favorablement, portés par des carnets de commandes solides. En revanche, la construction de bateaux de plaisance subit un net repli, reflet d’une demande internationale plus hésitante.
2026, entre prudence et espoir
Au terme d’une année 2025 marquée par la résistance plutôt que par l’expansion, les entreprises régionales abordent 2026 avec un optimisme mesuré. Les indicateurs restent fragiles, mais la stabilisation de l’inflation, le retour progressif de l’investissement et l’essor des technologies numériques constituent des facteurs d’appui. La trajectoire dépendra toutefois de variables externes difficilement maîtrisables : tensions géopolitiques, arbitrages budgétaires nationaux et climat politique à l’approche des échéances électorales. Dans cet environnement mouvant, la capacité d’adaptation, déjà démontrée, pourrait rester la meilleure garantie de solidité pour le tissu économique régional.
■ Catherine Nerson


















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