En battant François Bayrou dimanche dernier à Pau, Jérôme Marbot, avocat de 50 ans, signe une victoire retentissante et incarne le retour en force de la gauche dans tout le Béarn. Un scrutin marqué par des revers spectaculaires pour le centre et la droite.
Le choc est à la hauteur de la longévité politique de l’homme. À Pau, François Bayrou, maire depuis 2014 et figure centrale du paysage politique local, a été battu au terme d’un second tour serré par le candidat de l’union de la gauche, sans les Insoumis, Jérôme Marbot. Avec 42,45 % des suffrages contre 41,14 %, ce dernier l’emporte de 344 voix, effaçant l’écart très net qui séparait les deux hommes lors du scrutin de 2020. Cette fois, la dynamique n’était pas la même. Dès le premier tour, le maire sortant apparaissait fragilisé, faute de réserves de voix suffisantes. La présence d’une troisième liste au second tour et la nécessité de recomposer une alliance avec Philippe Arraou, ancien proche de Bayrou (6,15 % au 1er tour) dans l’entredeux- tours ont confirmé cette faiblesse structurelle. En face, Jérôme Marbot a fait le choix de la cohérence politique, renonçant à fusionner avec Pascal Boniface et Jean-François Blanco (LFI). Un positionnement qui n’a pas entravé les reports de voix à gauche, bien au contraire. Dans une ville marquée par une abstention persistante, la campagne n’a pas permis à François Bayrou de recréer un élan. L’écart final, ténu mais décisif, traduit un basculement plus profond qu’un simple accident électoral.
Sanction politique et multiples causes
Cette défaite intervient dans un contexte personnel et politique délicat pour François Bayrou. Pour autant, il serait hasardeux d’enterrer trop vite une figure politique rompue aux revers. Défait à plusieurs reprises par le passé, François Bayrou a toujours su rebondir. La perspective de l’élection présidentielle de 2027 pourrait encore le replacer au coeur du jeu politique national. En attendant, c’est bien une page qui se tourne à Pau, où son ancrage local constituait l’un de ses principaux atouts.
Une vague rose dans tout le territoire
Pau n’est pas un cas isolé. Dans tout le Béarn et la Soule, la gauche enregistre des succès significatifs. À Oloron Sainte-Marie, la majorité sortante conserve son siège à l’issue d’un scrutin extrêmement serré, remporté pour une seule voix ! Aussi Marie-Lyse Bistué, tête de la liste « Oser Oloron ensemble », devient la première femme maire du Haut-Béarn, avec 3 514 voix contre le centre droit Clément Servat (3 513 suffrages). Ce dernier a tout de même annoncé qu’un recours sera déposé… À Mauléon-Licharre, le maire sortant, le communiste Louis Labadot (47,30 %) renforce sa position dans une configuration pourtant incertaine, confirmant l’enracinement local de la gauche. À Nay, la commune bascule à nouveau à gauche avec la PS Monique Triep-Capdeville, qui, sortie en tête du 1er tour avec 41,8 % des suffrages confirmé son avantage avec 55,76 % de voix au second tour, conséquence directe des divisions persistantes au sein de la majorité sortante. Mais l’un des faits marquants du scrutin reste la conquête d’Idron. Longtemps considérée comme un bastion de la droite dans l’agglomération paloise, la commune change de camp, illustrant les recompositions en cours. C’est en effet Karine Péré avec sa liste « Idron, tissons l’avenir ensemble » qui l’emporte avec 62,50 % des voix. Là encore, les divisions adverses ont joué un rôle déterminant. Des succès qui s’inscrivent dans une dynamique engagée dès le premier tour, avec des victoires ou des consolidations dans plusieurs communes du Béarn. À l’échelle du territoire, la gauche apparaît désormais en position de force dans les principales mairies. De fait, l’agglo de Pau et la quasi-totalité des communautés de communes du Béarn, sans oublier les organismes et syndicats associés, conserveront ou évolueront eux aussi vers une gouvernance dominée par la gauche. Face à cette progression, le centre et la droite ne peuvent que constater leur recul, malgré quelques succès sur la côte basque tels que le centriste, membre du parti présidentiel Renaissance Jean-René Etchegaray qui repart pour un troisième mandat avec 50,70 % des suffrages ou l’élection de la légende du rugby Serge Blanco, classé divers droite à Biarritz : 41,92 % des voix contre la maire LR Maider Arosteguy (32,21 %).
■ Catherine Nerson

Qui est Jérôme Marbot ?
Le nouveau maire de Pau a le profil des conquêtes tardives. Né à Pau, Jérôme Marbot n’a jamais vraiment quitté sa ville, sinon pour mieux y revenir. Formé entre Toulouse et Paris, où il il exerce quelques années comme avocat, il retrouve son Béarn natal au milieu des années 2000 avec une ambition déjà claire : s’inscrire dans la durée. Militant socialiste fidèle, il gravit patiemment les échelons, jusqu’à diriger la fédération départementale pendant plus d’une décennie. Élu municipal dès 2008, adjoint puis opposant, il enchaîne pourtant les défaites électorales sans jamais décrocher. Longtemps dans l’ombre, parfois fragilisé par des alliances complexes, il choisit en 2026 la clarté plutôt que les compromis. Refusant les arrangements d’appareil, il parie sur une aspiration au changement. Une stratégie risquée, mais payante : Jérôme Marbot a fini par transformer sa persévérance en victoire. À 50 ans, le socialiste incarne une nouvelle génération politique, qui a fini par renverser François Bayrou.
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C’est le nombre de communes du département des Pyrénées-Atlantiques. Toutes ont un nouveau conseil municipal. Le taux départemental de participation dans le 64 a été de 60 % au second tour des élections municipales 2026.
Pour que Bayonne soit une ville qui protège, une ville solidaire et attentive, une ville proche de ses habitants et résolument tournée vers l’avenir. Milesker deneri.
Jean-René Etchegaray, réélu maire de Bayonne pour un troisième mandat, face à l’union de gauche et au candidat d’extrême droite, lors du second tour des municipales le dimanche 22 mars.



















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