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Frédéric Soulier, directeur territorial de GRDF de Pyrénées-Atlantiques et des Landes

« À horizon 2028, nous envisageons d’arriver à 23 % et visons 100 % de gaz vert dans les réseaux en 2050. »

À l’heure de la souveraineté énergétique brandie comme totem, Frédéric Soulier, directeur territorial de GRDF pour les Pyrénées- Atlantiques et les Landes promet de faire le ménage dans les idées reçues. Son credo : transparence, concertation – et plaidoyer appuyé pour le gaz vert, version méthanisation, censée soutenir les agriculteurs tout en recyclant leurs déchets. Entretien.

Pouvez-vous nous donner une définition simple du gaz vert ?
Le gaz vert est un terme générique. On parle plutôt de méthanisation, un procédé permettant de produire du gaz renouvelable à partir de matières organiques issues de l’agriculture (fumiers et lisiers de porcs et de bovins, résidus de culture de maïs et de céréales…), de l’industrie alimentaire et des collectivités (biodéchets ménagers ou de restauration collective, boues d’épurations, fauches de bord de route…). Les intrants sont collectés et transportés jusqu’au site de méthanisation, où ils sont triés, stockés, conditionnés puis introduits dans le digesteur pour y être brassés et chauffés à 40 °C. En 40 jours, on va reproduire ce que le sous-sol du bassin de Lacq par exemple a mis des millénaires à engendrer. Ensuite on va pouvoir l’injecter dans les réseaux. Il se mélangera avec le gaz naturel.

Aujourd’hui, le gaz vert représente environ 12 % de la consommation dans les Pyrénées-Atlantiques. Quel est l’objectif précis à horizon 2030 ?
À horizon 2028, nous envisageons d’arriver à 23 % et visons 100 % de gaz vert dans les réseaux en 2050. Le nombre de méthaniseurs actifs dans le département est aujourd’hui de neuf. Le département des Pyrénées-Atlantiques a la plus grande capacité de production de Nouvelle-Aquitaine, soit l’équivalent de près de 88 000 logements chauffés au gaz ou 1 400 bus roulant au BioGNV (BioGaz Naturel Véhicule). Huit autres méthaniseurs sont dans le SAS d’étude et en phase de maturité avancée. Avec eux, nous arriverons à doubler la consommation. En Nouvelle- Aquitaine, première région agricole d’Europe, cette ambition est portée encore plus loin avec l’objectif de multiplier par six le gaz vert, grâce au potentiel de méthanisation du territoire et à l’engagement des acteurs locaux, et notre appui auprès des collectivités, des agriculteurs et des clients.

Le potentiel de production locale est-il suffisant pour atteindre ces objectifs sans importer de biométhane ?
Avec le potentiel de matières organiques et en tenant compte des changements d’agriculture, on pourra couvrir trois quarts des consommations sur tout le département. On estime même que le 64 pourra être exportateur de gaz vert. En Béarn, 25 % du gaz consommé est renouvelable et produit localement. Sur les neuf méthaniseurs en service sur le territoire, deux d’entre eux, situés sur la Communauté de Communes du Pays de Nay, couvrent 50 % de la consommation locale. Dans le cadre de son projet d’entreprise, GRDF s’est également fixé l’objectif de diviser par deux ses propres émissions de CO2 d’ici 2030. Rendre les chantiers responsables et minimiser l’impact sur l’environnement font partie de nos priorités. L’enrubannage, qui consiste à recouvrir les canalisations d’une gaine géotextile intégrant un fil traceur, est un exemple concret de cette transformation, comme cela a été déployé à Bénéjacq fin 2025. GRDF investit en moyenne 6 millions d’euros par an dans le réseau gaz du Béarn pour accompagner cette transition

La méthanisation suscite parfois des critiques (odeurs, trafic, monocultures). Comment GRDF travaille-t-il avec les agriculteurs pour répondre à ces inquiétudes ? Ces derniers sont-ils aujourd’hui suffisamment incités économiquement à investir dans la méthanisation ?
Le sujet fait en effet polémique. Il faut écarter les craintes. On encourage les porteurs de projet à aller voir plusieurs unités de méthanisation, pour que chacun puisse avoir sa propre opinion. Les agriculteurs – le plus souvent des GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun) – qui se sont engagés dans la filière des gaz verts et dans l’achat d’un méthaniseur (dont le coût est tout de même de 5 millions d’euros avec un retour sur investissement au bout de 8/9 ans, ndlr) – expliquent leur projet. Les arguments mis en avant sont souvent les mêmes : la gestion des effluents d’élevage, la valeur du produit sorti, un revenu complémentaire. Pour accompagner un développement qualitatif des projets sur le territoire régional, la région Nouvelle- Aquitaine et l’ADEME pilotent et financent le dispositif MéthaNAction. Le dispositif soutient les porteurs de projets biométhane à toutes les étapes, du montage du projet jusqu’à l’exploitation de l’unité. En parallèle, GRDF accompagne les porteurs de projets biométhane à chaque étape, depuis les premières réflexions jusqu’au raccordement et à l’injection du biométhane dans le réseau.

Le réseau de gaz actuel est-il dimensionné pour accueillir davantage de biométhane ? Quel rôle peut encore jouer le gaz dans la transition énergétique dans un contexte où l’État pousse beaucoup vers l’électrification des usages ?
Le réseau s’est largement dimensionné avec trois zones dans le département : le Pays basque intérieur, le Nord de Luysen- Béarn et le Nord-Est Béarn. Il va falloir tirer des infrastructures pour ramener le gaz vers l’agglomération paloise et la côte basque. Il est clair que l’électricité va jouer un rôle important mais dans un système résilient, le mix énergétique serait le meilleur des compromis. L’avantage du gaz, c’est qu’on stocke 1/3 de notre consommation annuelle.

Propos recueillis par Catherine Nerson

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