Depuis dix ans, à Lons, Laurie Cazes-Carrère codirige avec son frère Thomas le Groupe APR, fondé par leur père Philippe en 1977. Entre héritage familial et modernisation, elle accompagne la croissance de cet acteur régional majeur du nettoyage professionnel et des services à la personne, avec la branche übi. Le groupe emploie 2 000 collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 45 M€.
Avec son frère Thomas, Laurie Cazes-Carrère tient l’avenir du Groupe APR entre ses mains. Réfléchie et posée, elle choisit chaque mot pour raconter son parcours et sa vision. Une nature plutôt discrète, à l’opposé du tempérament plus volcanique et extraverti de son père, Philippe, président-fondateur du Groupe en 1977. Le duo soeur-frère se partage la direction générale du groupe multiservice qui compte près de 2 000 collaborateurs et affiche un chiffre d’affaires de 45 millions d’euros incluant sa filiale parisienne. Avec quatre agences à Lons, Tarbes, Bayonne et Hinx – bientôt Dax -, APR concentre le coeur de métier de l’entreprise : l’entretien des locaux professionnels – bureaux, industries, supermarchés, résidences et le multiservice pour les professionnels et les particuliers. Avec 13 agences, la branche übi est, elle, dévolue aux services à la personne. De Bordeaux à Pau, de Bayonne à Agen, le Groupe APR s’est diversifié au fil des années. À Laurie, la gestion spécifique d’APR sur le Béarn et les Hautes-Pyrénées et übi côté services à la personne : entretien de la maison, maintien à domicile, aides ménagères, auxiliaires de vie, adaptation du logement pour le “bien vieillir” chez soi. À Thomas, APR sur le Pays basque et les Landes ainsi que la branche multiservice – lutte anti-nuisibles, hygiène de l’air, travaux de second oeuvre, espaces verts. Le papa, Philippe, (faux) retraité et (vrai) actif s’occupant de la filiale parisienne et de la branche assainissement – pompage et curage des fosses et canalisations – lancée en 2023 et de la location de sanitaires pour des événements festifs ou sportifs. Une nouvelle activité qu’il se plaît à développer. Il y endosse un rôle de commercial qui nourrit son goût du relationnel.
Des débuts artisanaux à la diversification
Pour parler des origines d’APR, il faut parler du père. « Il travaillait dans la blanchisserie de ses parents. Avec des gains du tiercé, il s’est acheté une camionnette et a eu l’idée de se lancer dans le nettoyage des salons, tapis et moquettes chez les particuliers. Puis il a développé l’entretien des locaux. En Béarn, l’un de ses premiers clients était le groupe Pyrénées Presse. Mon père y nettoyait lui-même les locaux » raconte sa fille. Il choisit le nom APR pour « Agence Paloise de Rénovation », avec un A en premier « pour être bien placé dans l’annuaire ». L’histoire de la propreté pour les entreprises commence ainsi. Les autres activités, übi en tête, se développent dès 1997. « Mon père est un visionnaire. Il a besoin de nouveautés, de développer des projets. Il a toujours pensé que la diversification était une source de stabilité. » Élève scientifique et studieuse, Laurie Cazes-Carrère quitte le Béarn à 17 ans. Classes prépas maths sup et maths spé à Bordeaux, école d’ingénieurs, elle part travailler six ans dans l’industrie, d’abord en Nouvelle-Calédonie puis rejoint un grand groupe de BTP en région parisienne. « Je faisais ma carrière, j’avais progressé et j’aimais beaucoup mon travail. L’entreprise familiale était très présente dans les discussions à la maison avec mes parents, mais je ne pensais pas forcément y revenir. » Lorsque son père envisage de passer la main et la sollicite en 2015 pour prendre la suite, la proposition la surprend. « Il était confiant dans mon parcours. Et il a laissé la porte ouverte. Si cela ne me plaisait pas, je pouvais repartir. » À l’époque, son frère Thomas travaille déjà dans l’entreprise à des postes opérationnels. « Savoir qu’il y était déjà a compté dans ma décision. » Elle revient en Béarn avec humilité. Parfois traversée par le syndrome de l’imposteur, celle qui s’est pourtant formée au management, aux finances et au développement à haut niveau, se montre lucide sur l’ampleur de la tâche. « J’avais quitté la maison depuis longtemps et je n’avais pas mesuré l’essor de l’entreprise. J’avais performé dans mon travail, là il me fallait repartir de zéro. Mais j’avais envie de préserver cette entreprise familiale. J’ai senti chez les collaborateurs un attachement très fort. Très vite, je me suis attachée moi aussi. » Elle met en place une direction générale à deux têtes avec son frère, structure les RH, délimite les champs d’action de l’un et de l’autre. « Être avec mon frère, c’est la clé. On veut pérenniser l’entreprise. Face à la solitude du dirigeant, qui existe réellement, la codirection apporte écoute et confiance. Mon père est un autodidacte intuitif et rapide. Je suis plus réfléchie, plus dans la prospective. Les données me rassurent, je me nourris du concret pour prendre des décisions.
Des mains pour servir, une vision pour grandir
« Écoute, engagement, adaptation, les valeurs d’APR n’ont pas changé mais le fonctionnement interne a évolué. Je privilégie un management plus collaboratif et participatif, basé sur le collectif et la coconstruction. » Plutôt main de fer dans un gant de velours, elle s’attache à fidéliser les clients, en apportant « de la qualité de proximité dans les métiers de la propreté ». Tout en développant les activités liées au vieillissement à domicile, « un véritable enjeu sociétal ». Un doute constructif l’anime. Sans jamais éluder les difficultés : la complexité de pérenniser une entreprise familiale, un secteur d’activité très concurrentiel, les secousses liées au Covid, la compression des marges ou encore une filière tendue sur l’emploi. Pour y remédier, elle explique « avoir, par exemple, travaillé sur des plannings plus acceptables pour les auxiliaires de vie, avec davantage de week-ends libérés et moins de mobilité. Pour attirer les gens, il faut les payer correctement et proposer un cadre compatible avec une vie personnelle. » Son père continue d’oeuvrer dans l’entreprise et de l’incarner, aux côtés de ses enfants. « APR a toujours eu la volonté de participer à la dynamique du territoire béarnais. Nous cherchons à établir des relations de partenariats avec nos clients. » Sponsors de clubs sportifs – Section paloise, Billère Handball, Pau FC, Élan béarnais – le groupe s’est aussi investi dans l’École de la 2e chance. « Grandir, chez nous, c’est possible : des agents de service sont devenus cadres de l’entreprise » ajoute, fière, Laurie Cazes-Carrère. Dix ans après son retour, elle apprécie la qualité de vie béarnaise : un environnement agréable, sain, équilibré, serein. Un peu de ce qu’elle espère offrir, chaque jour, à ses clients et à ses collaborateurs.
■ Nathalie Faure


















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