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À Lacq, le gouvernement a lancé la reconquête stratégique des terres rares

En mai dernier, en déplacement à Lacq, les ministres de l’économie et de l’industrie, Roland Lescure et Sébastien Martin dévoilaient un plan stratégique mêlant relocalisation industrielle, recyclage et incitations économiques pour sécuriser l’approvisionnement français.

En se rendant sur le bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, les ministres de l’Économie et de l’Industrie ont posé la première pierre politique d’un chantier industriel d’envergure : le “plan national terres rares”. L’enjeu : réduire une dépendance jugée critique à la Chine, aujourd’hui ultra-dominante dans l’extraction mais surtout dans le raffinage de ces métaux indispensables.

Un enjeu central

Derrière ce terme technique se cache un enjeu central pour la transition énergétique et les technologies de pointe. Les terres rares entrent dans la fabrication des aimants permanents, composants clés des éoliennes, des véhicules électriques ou encore de certains équipements militaires. « Dépendre exagérément d’un endroit du monde pour une de nos matières premières est un handicap », avait averti Roland Lescure, évoquant un contexte géopolitique instable. Faute de ressources extractives sur son territoire, la France fait un pari : celui du recyclage et du raffinage. Le projet industriel de Lacq en est l’incarnation. L’usine Caremag, actuellement en construction, doit permettre de recycler plusieurs milliers de tonnes d’aimants usagés chaque année. À terme, elle pourrait couvrir jusqu’à 15 % de la production mondiale de terres rares lourdes, un segment particulièrement stratégique. On vient d’apprendre que USA Rare Earth, Inc. a l’intention d’étendre son investissement (175 millions d’euros) dans la fabrication de métaux, d’alliages et d’aimants en France, qui comprend une installation de production de métaux et d’alliages de terres rares Less Common Metals (LCM) à Lacq, ainsi qu’un investissement stratégique dans Carester SAS (aux côtés d’InfraVia Capital Partners) afin de soutenir la capacité de traitement des terres rares alliées.

Incitations économiques et ambitions européennes

Il faut dire que pour soutenir cette filière émergente, le gouvernement a déployé une série de leviers économiques. Les conditions d’accès à la garantie des projets stratégiques seront assouplies afin d’attirer davantage d’investissements. Le crédit d’impôt industrie verte, prolongé jusqu’en 2028, est élargi aux projets de raffinage de terres rares, marquant un changement d’échelle. Autre axe clé : orienter la demande. Les futurs appels d’offres pour l’éolien offshore intégreront des critères sur l’origine des aimants permanents. Une logique également étendue à l’automobile, où les industriels devront justifier d’une diversification de leurs approvisionnements pour bénéficier des aides publiques. Une manière d’ancrer une préférence européenne dans des chaînes de valeur mondialisées. Sur le terrain, l’ambition est de faire du bassin de Lacq un pôle de référence. « La production qui va être faite répond à peu près à 80 % sur certains oxydes de terres rares », souligne Audrey Le Bars, présidente de Chemparc. Avec l’arrivée d’acteurs complémentaires, la zone espère couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur des aimants permanents. Reste que le défi est immense. « En quelques années on ne rattrape pas trois décennies de retard sur Pékin », tempère le chercheur Guillaume Pitron. « Réveiller cette industrie, c’est extrêmement long et gourmand en capital. » Impératif écologique, souveraineté industrielle, contraintes économiques… la France s’engage dans une course de fond, plus que dans un sprint.

■ C.N.

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