Certaines maisons ne se contentent pas de traverser le temps : elles le façonnent. À la tête de Pédarregaix Opticiens depuis 1998, Stéphane, fils du fondateur, en perpétue l’esprit avec fidélité et précision. Ici, l’artisanat séculaire est un trésor, le savoir-faire un art de vivre et la sensibilité une inspiration.
L’optique c’est parfois une histoire de famille. Même si tout a commencé dans une… boucherie ! « Mes grands-parents avaient un commerce spécialisé dans la préparation et la vente de viande rue Samonzet, à Pau, raconte Stéphane. Les horaires étaient contraignants, il fallait travailler très tôt et parfois tard le soir, les week-ends et les jours fériés. Ma grand-mère faisait même à manger pour les 17 commis ! Mon grand-père a donc interdit à mon père, Bernard, de faire ce métier ! » C’est ainsi que Bernard se lance dans des études d’optique. École à Lille, formation chez les frères Lissac à Paris, il ouvre en 1960 l’enseigne Pédarregaix Opticiens dans une petite boutique de bonbons et de jouets au 11, rue Maréchal Foch. Tout se passe à merveille, les clients affluent, Pédarregaix ancre sa marque. Puis le drame. « Mon père a eu un accident vasculaire cérébral qui l’a rendu hémiplégique à 44 ans. J’avais 6 ans, mon frère Édouard, 3 ans et demi. » Leur mère décide de ne pas fermer le magasin et de confier les clefs au bras droit de son époux qui s’appuie sur l’enseigne Optic 2000.
Les deux frères font la paire
Les années passent et les enfants grandissent. Bernard a laissé derrière lui un outil de travail exceptionnel et il serait dommage de ne pas le faire perdurer. Aussi Stéphane choisit de reprendre le flambeau. « Je voulais devenir moniteur de ski ou professeur de golf, mais une expérience malheureuse avec un groupe de cadres sur le green m’a fait changer d’avis ! » En 1997, il est à son tour diplômé d’optique et, comme son père, il débute à Paris. Mais très vite, Pau lui manque et en février 1998, à 25 ans, il reprend la maison familiale. Édouard suivra le même parcours en ajoutant une corde à son arc d’opticien : l’audioprothèse, avec un premier laboratoire de correction auditive en 2000, aux côtés de son aîné. « Avant que notre père décède, il avait un projet de monter une boutique à Saint- Jean-de-Luz, la ville où nous avons vécu avec notre mère. En 2000, nous l’avons fait. À Saint- Jean puis à Biarritz. C’est le fil qui nous relie à notre père et qui résonne comme un hommage. »
Habiller le regard
Stéphane a le goût des belles choses et entend bien marquer de son oeil averti sa différence. « Depuis le début, je n’adhérais pas trop au groupe Optic 2000, leur politique, leurs campagnes de publicité… Ce n’était pas dans mes gènes. Je voulais faire de la lunette un produit identitaire, apporter ma technique, mon propre style, tout en tenant compte de l’évolution du marché qui s’est tourné vers un univers où l’esthétique, le design et le prestige sont devenus des leviers stratégiques. De nos jours, les lunettes ne sont plus seulement vues comme un dispositif médical, mais également comme un accessoire de mode. » En 2019, une opportunité s’offre aux deux frères. Ils récupèrent l’iconique Gascogne Arts de la table attenant à leur boutique et mettent en avant leur nom. Après d’importants travaux, le lieu se transforme en un espace de 200 m² à l’allure contemporaine, où design, technologie et mise en scène dialoguent avec subtilité. L’univers est soigné, presque scénographié – jusqu’à exposer une moto légendaire, intégrée comme une pièce à part entière.
Les yeux dans les yeux
Théâtre de l’histoire de Pédarregaix Opticiens et de sa créativité, ce nouvel écrin déroule des modèles solaires et optiques, alliant dernières avancées technologiques, détails subtils, motifs et couleurs signature dans des marques choisies et souvent exclusives. À l’instar de La brique & la Violette, griffe toulousaine qui fabrique ses montures en acétate de cellulose à la main « qui a commencé dans un garage », la bretonne et singulière Naoned ou la new-yorkaise Gamine et ses lunettes aux lignes géométriques audacieuses en métal ou plastique. Un visage, un regard, une allure… L’équipe cerne la personnalité de celles et ceux qui se présentent à elle et sélectionne, la ou les paires de lunettes qui leur correspondent. « Nous avons des modèles pour chacun de nos clients, enfants compris. 4 000 au total ! » En coulisses, l’atelier prolonge cette exigence. Travail du verre, ajustage, assemblage, entretien, réparation : chaque geste est maîtrisé, chaque détail compte. « C’est un peu notre salle d’opération et nos meilleurs chirurgiens s’y activent quotidiennement pour prendre soin des yeux de notre clientèle. » Expertise, conseils morphologiques, examen de la vue, ici, les yeux sont la porte de l’âme et Stéphane a la chance de regarder les gens dans les pupilles : « L’accessoire est pensé d’abord pour bien voir et non pour être bien vu. Avant d’être des commerçants, nous sommes avant tout des professionnels de santé. » Attentif aux besoins oculaires et financiers de ses clients (80 % sont de Pau et sa première couronne), Pédarregaix Opticiens est capable de répondre à n’importe quelle prise en charge, du 100 % santé entièrement remboursé aux pièces les plus haut de gamme. Sans oublier l’accueil et le service après-vente exemplaires qui assurent à l’enseigne la fidélisation d’une clientèle qui apprécie qu’on prenne soin d’elle. « Nous connaissons certains visages depuis des décennies. D’autres traversent les continents pour revenir, chaque année, pousser la porte de notre boutique paloise. » Aujourd’hui, l’entreprise poursuit sa trajectoire avec sérénité. Forte de huit collaborateurs et d’un chiffre d’affaires annuel de 2,3 millions d’euros, elle a trouvé son rythme et de beaux jours à venir : « Mon fils aîné, Louis, passe son diplôme d’opticien cette année. Il va faire ses armes dans d’autres maisons et à l’étranger. » Une vision à long terme, en somme. ■ Catherine Nerson



















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