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Comment mène-t-on la restauration d’un Musée national ?

Le château de Pau promet monts et merveilles aux 90 000 visiteurs qui l’arpentent chaque année. Avant une importante phase de travaux intérieurs fin 2026, l’exposition “Projets et Merveilles” revient sur les restaurations consenties, ou non, au XIXe siècle par le plus célèbre des monuments béarnais.

Comment restaure-t-on un monument historique, par ailleurs Musée national ? Comment le bâti a-til évolué, s’est-il inscrit dans le cadre politique, historique ? Un an avant le vaste chantier de restauration des espaces intérieurs annoncé pour fin 2026, les équipes du château et Stéphane Thouin, architecte en chef des monuments historiques planchent sur la question. « Les travaux débuteront sur l’aile sud, sur 4 niveaux, puis finiront sur l’aile nord au niveau de la toiture. Reprise des poutres, des planchers, restauration des décors du 1er étage, travail sur les réseaux, eau, chauffage, amélioration de la résistance au feu… Nous devons étudier, diagnostiquer, évaluer » précise Rachel Boustta, cheffe du service maintenance et travaux du Musée national et domaine du Château de Pau. De cette réflexion est née une exposition singulière et documentée baptisée « Projets et Merveilles, Architecture et dessin (vers 1820-1920) » qui se tient jusqu’au 22 février 2026. À la manière d’une enquête, proposée par un commissariat d’exposition tricéphale – Rachel Boustta, le directeur Paul Mironneau, Claude Menges-Mironneau, conservatrice des antiquités et objets d’art du 64 et chargée de mission – l’exposition fait dialoguer architectes, artistes et amateurs qui ont imaginé les métamorphoses du château. Ou comment le XIXe siècle a servi de laboratoire à des utopies non réalisées comme à de grands travaux qui ont dessiné le château tel que les Palois le connaissent aujourd’hui.

Monument historique dès 1840

Après la Révolution, le château est assez délabré. C’est l’écrivain Prosper Mérimée qui est l’un des premiers à parler de “patrimoine” et qui inscrira Pau sur la première liste des monuments historiques de 1840. Si Napoléon Ier commande un premier devis de restauration du château, ce sont deux autres figures du XIXe qui vont contribuer à le redessiner. Bourbon comme Henri IV, Louis Philippe ne veut pas laisser à l’abandon le lieu de naissance de son aïeul. Il s’entoure d’une lignée d’architectes dont le nom est bien connu des Palois : Latapie, père et fils. Là où le père préserve, répare et repère les ornements, les fils Jean, et surtout Vincent, posent les constats des travaux nécessaires et modifications à réaliser. Louis Philippe a une intuition : le château doit faire le lien entre la ville basse et la ville haute, il lui faut donc une façade ouest. Elle est créée, c’est celle que les promeneurs aperçoivent aujourd’hui, en venant du parc du château. Le pont au-dessus de la rue Marca sera édifié par la suite.

Figure de proue de la ville

« C’est une étape majeure. Louis Philippe veut faire du château la figure de proue de la ville, l’inscrire dans l’urbain, favoriser l’accès via des voies carrossables, d’où le nettoyage des abords » précise Rachel Boustta. Il comprend que la vue du château deviendra la carte postale de la cité. Deuxième figure marquante, Napoléon III qui, pour l’impératrice Eugénie, pérégrine souvent sur la côte basque et passe régulièrement par Pau. Il sollicite l’architecte Auguste Lafollye, ambitieux et visionnaire sur l’embellissement extérieur, qui doit répondre à un art de vivre mondain, où il faut montrer et se montrer. Cela donnera le portique néo-Renaissance à trois arches, inspiré des ornements de la cour d’honneur de l’architecte Gabriel Auguste Ancelet. Jusqu’au début du XXe siècle, le dialogue entre restauration, interprétation ou audace dessinera le château tel qu’on l’arpente aujourd’hui. Les travaux de 2026 porteront-ils l’empreinte des modifications majeures de cette période ? « Les architectes d’aujourd’hui ont le même parcours que leurs pairs du XIXe, font les mêmes études de faisabilité, » conclut Rachel Boustta. Un challenge de taille pour la plus célèbre carte postale du Béarn. ■ Nathalie Faure


Utopies architecturales

Avant de grands travaux en 2026, le château de Pau dévoile l’exposition Projets et Merveilles : les enjeux de sa restauration au 19e siècle.

Parmi les utopies non réalisées, celle de Famin en 1824 est… la plus fameuse ! Il voulait faire tomber la tour Fébus et le corps de bâtiment en façade (qui n’existe plus) pour construire une colonnade à l’esprit toscan ! Le projet n’aboutira pas, comme n’aboutira pas non plus celui d’un escalier à double révolution avec une fontaine, sur la façade ouest (aquarelle ci-contre). Riche de dessins d’amateurs et d’architectes mais aussi de plans, de photos inédites et de la maquette en bois de Pierre Saget, concierge du château, l’exposition gratuite s’accompagne de nombreuses conférences, catalogue dédié et visites à thèmes, en particulier pendant les vacances de Noël. Rens. chateau-pau.fr


2017

Par le décret du 2 mai 2017, Pau apparaît à la 3e place de la liste des domaines nationaux dont la propriété relève en totalité ou pour l’essentiel de l’État, juste derrière le Domaine du Louvre et des Tuileries et celui de Chambord, mais devant le château d’Angers, le palais de l’Elysée et le palais du Rhin à Strasbourg. Cette liste sera agrémentée en 2021, 2022 puis en 2024 et compte aujourd’hui 21 domaines nationaux. Le 28 mai dernier, le ministère de la Culture a proposé l’entrée de 10 nouveaux ensembles immobiliers dans cette catégorie des domaines nationaux, en application du livre VI du Code du patrimoine.


Avant de grands travaux en 2026, le château de Pau dévoile l’exposition Projets et Merveilles : les enjeux de sa restauration au 19e siècle.

Le Château est un musée et doit gérer l’accueil de milliers de visiteurs annuels, mais notre réalité et notre questionnement sont ceux du XIXe siècle !

Rachel Boustta, cheffe du service maintenance et travaux du Musée national et domaine du Château de Pau et co-commissaire de l’exposition.

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