Longtemps perçue comme un simple argument de communication, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique majeur. Effet de mode ou transformation durable ? Enquête sur un virage qui semble s’ancrer dans le paysage local.
En Béarn, territoire à la fois industriel, agricole et rural, de plus en plus d’entreprises intègrent des démarches environnementales, sociales et éthiques au cœur de leur modèle économique. Mais concrètement, ça veut dire quoi ? « Penser global, agir local et ensemble », explique Aurélie André, ingénieure et fondatrice du Club des transitions, membre du Collectif Grain Blanc. Son truc : guider les dirigeants et les connecter à d’autres, dans le but de les aider à basculer le territoire vers la robustesse. « Il y a 18 000 sociétés béarnaises et seulement une trentaine est réellement engagée. Via les diagnostics flashs que je propose et des rencontres format déjeuner conférence, mon objectif est d’atteindre le chiffre de 100 en 2026. »
Aurélie André n’est pas la seule à proposer ce type de services. Cabinets conseils, de formations, CCI… se sont spécialisés dans la cartographie des forces et des faiblesses des entreprises pour mieux anticiper les risques et les aider à y faire face. Leur mission : définir leur raison d’être, leur rôle, leur stratégie en RSE, mettre en place les outils d’amélioration continue de la performance, les accompagner dans le déploiement de leur projet jusqu’à une certification QSE (Qualité Sécurité et Environnement) ou une labellisation RSE.
Des exemples concrets
Face à l’urgence climatique et à la pression réglementaire, des entreprises béarnaises ont très vite fait le choix de l’engagement. Le bassin industriel de Lacq, historiquement lié à la chimie et à l’énergie, illustre bien cette mutation. TotalEnergies y a amorcé depuis plusieurs années une reconversion du site vers des activités plus durables, notamment à travers des projets de recyclage chimique et de réduction des émissions de CO2. Arkema, autre acteur majeur du bassin, investit également dans des procédés moins énergivores et dans l’économie circulaire. Dans l’industrie aéronautique, Safran Helicopter Engines, implanté à Bordes, a fait de la RSE un axe structurant de sa stratégie. Le groupe travaille à la réduction de l’empreinte carbone de ses moteurs, tout en menant des actions fortes en faveur de la sécurité, de la formation et de l’insertion professionnelle sur le territoire. La RSE est aussi devenue un outil clé pour attirer et retenir les talents, dans un contexte de tensions sur le marché de l’emploi à l’image d’Helioparc et son incubateur Greenov qui vise à favoriser l’innovation pour la transition écologique et énergétique par l’émergence de projets durables. L’engagement sociétal peut faire la différence. C’est le cas de la coopérative agricole Euralis qui met en avant une agriculture plus responsable, la traçabilité des produits et un meilleur partage de la valeur avec les agriculteurs. Teréga montre aussi l’exemple avec la création en 2020 d’un fonds de dotation Teréga Accélérateur d’Énergies pour porter des actions philanthropiques sur quatre thématiques : accompagner le développement économique et social du Grand Sud-Ouest, préserver la biodiversité ; favoriser l’inclusion sociale ; promouvoir et diffuser le patrimoine scientifique et culturel français. Des actions concrètes qui renforcent l’image de l’entreprise, auprès des salariés et des clients.
Engagement réel ou passage obligé ?
Si la RSE progresse, elle soulève aussi des interrogations. Certaines PME béarnaises évoquent la complexité des normes, le coût des investissements ou le manque de ressources pour structurer une véritable stratégie. Reste la question de la sincérité des démarches. Pour les experts, la RSE ne peut être crédible que si elle s’inscrit dans la durée et s’accompagne d’indicateurs mesurables. En Béarn, territoire attaché à ses valeurs et à son tissu économique local, plus qu’un simple Graal, la RSE semble désormais devenir une condition de pérennité. Pour les entreprises, l’enjeu est clair : transformer l’engagement en actions concrètes, au service du territoire et de ceux qui y vivent.
■ Catherine Nerson
C’est quoi la RSE pour les nuls ?

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des sociétés de plus de 50 salariés connaissent la notion de RSE. 84 % des unités employant 500 salariés ou plus ont le sentiment de mener des actions en ce sens, alors qu’elles ne sont que 47 % parmi les unités de 50 à 249 salariés. L’implication est forte dans les secteurs de l’énergie, de l’environnement et dans l’industrie agroalimentaire, domaines où les questions de développement durable en général et d’environnement en particulier sont logiquement très présentes. (Source : Insee)
Chaque dirigeant devrait se poser la question de la rse en ces termes : qu’est-ce qui est important pour moi en tant qu’individu ? Pour l’entreprise ? Pour le territoire ?
Aurélie André, ingénieure et fondatrice du Club des transitions Béarn-Pyrénées.



















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