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Sophie Meier : quand le béton retient son souffle

Dans son dernier opus Architecture en suspens, la photographe Sophie Meier nous embarque dans les méandres de lieux emblématiques voués à disparaître où la beauté réside dans le vide, le transitoire et l’indompté.

Dans Architecture en suspens, Sophie Meier capture les bâtiments en mutation, entre béton brutaliste, fragilité et beauté transitoire.

Architecture en suspens, Sophie Meier, Voix éditions, 55 €.

Photographier l’architecture au moment où elle se métamorphose : c’est le pari de Sophie Meier. « Depuis treize ans, j’explore des bâtiments en suspens, brutalistes ou modernes, à l’instar du siège ERDF à Billère, de la Caisse d’Épargne à Lons, des Ateliers Courrèges ou des Galeries Lafayette à Pau. Tous sont saisis dans cet instant fragile où le passé s’efface sans que l’avenir ne soit encore écrit. » Longtemps célébrées comme des emblèmes de progrès, certaines architectures du XXe siècle se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins. Réhabilitées, transformées ou promises à la disparition, elles incarnent une modernité devenue hésitante. « C’est dans cet entre-deux que s’inscrit mon travail photographique. J’observe ces édifices non comme des ruines, mais comme des organismes en transition. » Ses images ne documentent pas seulement des bâtiments : elles saisissent un moment précis de bascule. Béton brut, lignes rigoureuses, volumes massifs : l’architecture brutaliste, souvent décriée, y révèle une force silencieuse et une poésie lumineuse. Une puissance fissurée, altérée, parfois envahie. Le regard de la photographe s’attarde sur ces marques du temps, là où le bâti cesse d’imposer pour commencer à dialoguer.

Le silence avant la transformation

Dans les photographies de Sophie Meier, le silence est presque audible. Escaliers désertés, couloirs figés, façades blessées : les lieux semblent retenir leur souffle. « La nature y joue un rôle central, non comme décor, mais comme acteur discret et déterminé. » Herbes folles surgissant du béton, mousse recouvrant les sols, lumière filtrant à travers des vitres brisées : le vivant s’infiltre, patiemment. Cette présence végétale souligne l’état transitoire des espaces. Elle rappelle que l’architecture n’est jamais seule, qu’elle coexiste avec le temps, la mémoire et l’écosystème. Le mur devient surface sensible, la fissure un passage. Les images donnent ainsi voix à des lieux en train de changer, révélant une poétique de l’usure et une beauté fragile, souvent ignorée.

Un travail proche du documentaire

« J’aime photographier des bâtiments qui ne sont plus tout à fait habités, mais pas encore effacés. » Ce temps suspendu confère à son travail une dimension presque anthropologique. Chaque image interroge notre rapport au patrimoine, à la transformation urbaine, à ce que nous choisissons de conserver ou de sacrifier au nom du renouveau. En écho aux mots de Michel Butor dans son essai Le génie du lieu, ses clichés rappellent que les espaces façonnés par l’homme accumulent les strates d’époques et de vies. Le béton, loin d’être figé, devient matière vivante, capable de résilience. Brutalistes ou modernes, ces architectures ne sont pas condamnées : elles attendent une nouvelle narration. Fruit de treize années de travail, le livre de Sophie Meier rassemble plus de 200 photographies réalisées entre 2012 et 2025. Pensé comme un atlas sensible de l’architecture en mutation, il mêle images et textes sobres, jetés sur un papier qui glisse sans froisser, témoignant de ces instants invisibles où les bâtiments cessent d’être ce qu’ils étaient, sans savoir encore ce qu’ils deviendront. Un bel ouvrage qui en attend un second à paraître, pour prolonger la découverte. ■ C.N.

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