Quatorzième génération à tenir boutique, Bertrand Souviron fait vivre Souviron Palas, emblématique magasin de mode, ameublement et décoration à Oloron Sainte-Marie. Posée sur le gave d’Ossau, la bâtisse atypique est aussi la plus ancienne boutique de France, forte d’une histoire de plus de quatre siècles.
À Oloron Sainte-Marie, tout Béarnais ou touriste qui a franchi le pont du gave d’Ossau est passé devant Souviron Palas. Mais qui connaît vraiment la boutique la plus ancienne de France ? Plus qu’un nom inscrit sur une devanture, la maison raconte une histoire vieille de plus de quatre cents ans. Treize générations s’y sont succédé. La 14e est représentée aujourd’hui par Bertrand Souviron. En remettant sans cesse l’histoire sur le métier, en jouant la fidélité avec la clientèle, « la seule manière de se démarquer », il incarne la continuité tout en imposant sa patte de trentenaire. Un défi haute couture.
L’étoffe d’une maison hors du temps
La bâtisse, posée au bord du gave, en impose d’emblée. Escalier d’époque, arches en bois : à l’intérieur, le temps semble avoir trouvé un équilibre entre l’histoire et la modernité. Les tables de métrage Louis XVI, les grandes armoires, le mètre de couturière, le parquet ancien et une légère odeur d’encaustique composent un décor presque immuable. La reproduction d’un tableau d’Édouard Manet, peint depuis la coursive béarnaise de la maison, évoque le passage de la famille du peintre accueillie ici pendant la guerre de 1870. « Pour mon mariage, on m’a offert une copie officielle de ce tableau dont l’original est à Zurich » raconte Bertrand Souviron. Les murs ont vu défiler des générations de clients, d’artisans, de voyageurs. Les anecdotes, chez Souviron Palas, sont aussi nombreuses que les étoffes. « Notre numéro de téléphone comporte un 06 à la fin car on était les 6e à Oloron à avoir eu le téléphone, on l’a gardé ! » À l’origine, la maison permettait aux populations des vallées béarnaises et souletines de s’approvisionner en tissus. La famille Souviron s’associera avec Palas, reprendra son autonomie, gardera le double nom. Les colporteurs, parcouraient la région avec de grandes malles chargées de draps, transportées en calèches tirées par des chevaux. Une époque, dont subsistent aujourd’hui quelques clins d’oeil : plaque de laiton gravée au mur, malles Vuitton d’avant le monogramme triomphant soigneusement conservées. « Il y a eu jusqu’à 40 commerciaux. Ce qui a fait la force de la maison, à 90 km à la ronde, c’est cette vente en colportage. Jusqu’en 1945, on vendait aussi des vêtements sur mesure. Les familles venaient acheter les tenues de mariage, les complets de cérémonie » raconte encore Bertrand Souviron. Mais aussi des produits plus insolites. « Mon grand-père avait développé une fabrique de sacs à jambon, on les assemble toujours ! » En plein boom du prêt-à-porter, le papa développe la mode plus accessible et se lance dans l’ameublement dans les années 70. Sans rompre le fil, Bertrand Souviron décide d’abord d’aller voir ailleurs. Études de commerce, puis l’Angleterre, dont « j’ai aimé la fantaisie, la culture du tissu » et la Suisse, pendant six ans. Une respiration nécessaire avant de revenir, avec un regard neuf, reprendre les rênes, sans renier l’héritage. En 2016, alors qu’on lui propose un poste en or en Suisse, il décide de retrouver son Béarn natal. L’appel d’une région qu’il aime et d’une histoire qui l’a construit. « Je n’avais pas forcément de volonté féroce de reprendre mais un amour fort pour les Pyrénées-Atlantiques, pour les terres béarnaises. » Pour les souvenirs, aussi, forcément liés à la boutique. « Jeune, j’adorais monter à Paris avec ma mère pour les collections. On allait chez Colette, le concept-store qui a tout inventé, avec son mix de mode et de déco, de marques pointues et de petits objets accessibles. J’aime beaucoup aussi la boutique Merci, un autre concept-store avec une âme, comme nous, et une offre large. »
Une filiation bien tissée
Car c’est bien la diversité et le choix qui ont fait la réputation de la maison Souviron. « C’est notre marque de fabrique, des rayons qui bougent, une large palette de produits, de l’intergénérationnel. » On entre ainsi dans ces 500 m2 labyrinthiques par la mode femme, puis l’homme, puis la déco et l’ameublement. Derrière, les couturières s’attellent à la confection des rideaux. Entre les rayons de tissus et les canapés, on croise des collaborations avec les marques locales, comme les bérets Laulhère, forcément, ou les couettes Pyrenex. Comme Bertrand fonctionne aux coups de coeur, il y a ajouté des collabs déco Serax ou les enceintes et platines ultra-design La Boîte concept, imaginées à Hossegor. Souviron Palas ne se parcourt pas à la hâte : on y flâne, on y revient, on y découvre. Ce mercredi de février, une grand-mère vient en balade avec sa petite-fille, le chauffeur d’un haut fonctionnaire vient récupérer des chemises en demi-mesure, des clients fidèles passent commande. Bertrand Souviron va saluer tout le monde. « Le relationnel, c’est la clé du métier, ce que je préfère. Ici, c’est l’inverse du libreservice, on donne du conseil. » Avec sept salariés et un CA de 800 000 euros, l’entreprise a développé une activité forte dans la confection d’ameublement, avec des chantiers emblématiques comme l’hôtel Bonnet à Itxassou ou Biarritz Bonheur sur le rooftop des Galeries Lafayette. Partout, la maison revendique une ligne claire : choix et qualité. Habiller une maison, des murs, des fenêtres, choisir une robe, un plaid, un tissu, avec une large gamme de prix et de marques. Parmi elles, Brun de Vian-Tiran et ses plaids en cachemire ultralégers fabriqués dans le Sud-Est. « J’ai toujours celui de mon arrière-grand-mère », glisse Bertrand Souviron, comme un fil discret entre les générations. Lartigue par sa grand-mère paternelle, autre grand nom local du tissu, jamais totalement dans la nostalgie, Bertrand Souviron avance avec les codes de sa génération. Et l’envie d’aller plus loin, en faisant de son nom une marque. À Oloron, dans cette maison où les draps racontent autant que les pierres, il continue de tisser le présent avec la même matière que ses prédécesseurs : le temps, la transmission, le goût juste des belles choses.
■ Nathalie Faure



















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