Pur produit de l’entreprise où il est entré en 2002, Sébastien Chantereau dirige, depuis 2020, la société Trumeca, à Bizanos. Spécialisée dans l’usinage de haute précision pour l’aéronautique, le ferroviaire, l’industrie ou le médical, Trumeca a développé une expertise pointue au service des exigences des grands donneurs d’ordres.
Des pièces de moteurs Safran Helicopter Engines, de Rafale, d’Airbus, des pièces de locomotives d’Alstom… Sébastien Chantereau n’est pas peu fier d’égrener les pièces techniques à très forte valeur ajoutée, petites et moyennes séries ou pièces sur-mesure réalisées par Trumeca, pour les grands donneurs d’ordres de l’aéronautique ou du ferroviaire – 2 000 références rien que pour Alstom. L’usinage de haute précision, c’est le coeur de l’activité de la société qu’il dirige depuis 2020 et dont il connaît parfaitement l’histoire, lui, le pur « produit » Trumeca. « J’ai 44 ans mais je suis le plus ancien de l’entreprise ! » Entré après son BTS Productique sous la direction de Maurice Trujillo – fondateur à Uzos en 1975 de l’entreprise éponyme – il poursuit avec Jean-Claude Sévigné qui dirige la société à partir de 2008. Trujillo devient Trumeca. La société déménage à Bizanos, s’attelle à la certification Iso 9001 et surtout, EN 9100, le sésame pour travailler avec l’aéronautique et structurer l’organisation. En 2013, Sébastien Chantereau est nommé responsable de production, du chiffrage et de la relation client. « Ça n’a pas été facile, il fallait convaincre les anciens de ma légitimité, même si je connaissais très bien l’entreprise. » À son départ à la retraite, Jean-Claude Sévigné lui propose de reprendre l’entreprise. On est en 2020. « On en avait parlé, ça s’est concrétisé en plein Covid, j’ai acquis 100 % des parts de l’entreprise. Cette période a permis de prendre du recul, de nous interroger sur nos métiers. »
Se diversifier et investir
Alors que l’aéronautique est le débouché majeur de l’entreprise, Sébastien Chantereau choisit de diversifier et d’investir. Cela se concrétise par l’achat de tours CN et multiaxes DMG MORI (usinage et fraisage en une fois, sans reprise) et d’une machine tridimensionnelle performante ZEISS pour un contrôle de haute précision. Aux côtés des tours à commande numérique, subsistent des modèles conventionnels pour des pièces spécifiques de grand diamètre, « un savoir-faire indispensable, transmis par les anciens, un vrai capital humain et technique pour l’entreprise. » Côté diversification, la société se tourne vers le prototypage de banc d’essai et de simulateurs de vols, l’industrie (turbines) ou le médical (salles blanches). Aujourd’hui, l’aéronautique représente 65 % du volume d’activité, devant le ferroviaire à 20 % et les autres domaines. Le secteur de la défense reste un challenge, « sur ce sujet où le Béarn est positionné avec de nombreuses entreprises parties prenantes, il y a eu beaucoup de communication mais pas forcément encore de réaction concrète. »
Un management transversal
Sébastien Chantereau en profite pour s’armer en management et construit sa méthode, « un management transversal qui permet aux salariés d’évoluer ». Il prolonge la culture historique de l’entreprise : renoncement aux 2×8 pour des horaires de journée 7h/18h, une rareté dans l’industrie. « Le climat social dans nos métiers doit être bon et serein. Ça veut dire responsabiliser les gens, les faire monter en compétences, proposer une rémunération adaptée, être transparent sur la performance et les comptes de l’entreprise. » Il gère une quinzaine de salariés et l’entreprise affiche un chiffre d’affaires 2024 de 1,7 million d’euros, en progression constante de 10 à 15 % par an. Toujours dans un souci de pérennisation, il vient de signer le rachat des murs de l’entreprise. Les locaux pourront ainsi potentiellement s’agrandir et s’équiper de panneaux photovoltaïques en toiture, « l’économie d’énergie, c’est un vrai sujet pour les PME ». Autre sujet commun à toute la métallurgie, les tensions sur le recrutement. S’il regrette que « les CV féminins soient encore rares sur le bureau », il mise sur la formation en interne. « On accueille des alternants, des personnes en reconversion, on recrute parfois au savoir-être et on les fait monter en capacités. On fidélise. Ici, les opérateurs sont expérimentés et polyvalents, ils font l’ensemble des tâches liées à la pièce, programmation, contrôle. On a numérisé les fiches outils sur tablette. » Il poursuit sa politique RSE avec l’UIMM sur une labellisation de branche. Très prolixe sur sa vision de chef d’entreprise, Sébastien Chantereau confirme une volonté d’anticiper l’avenir et le risque lié au dirigeant, brisant en cela un tabou souvent entretenu dans les PME. « Aborder ces sujets, c’est indispensable tant pour l’entreprise que sur un plan familial et personnel. Pour moi, cela s’est traduit par un travail mené depuis trois ans, afin de faire monter tout le monde en compétences et de déléguer. En 2020, l’entreprise dépendait trop de moi, ce n’est plus le cas, elle est mieux structurée, avec un responsable qualité et amélioration continue, un chargé d’affaires et logistique, un responsable de production, un responsable technique et une équipe engagée. L’enjeu est de pérenniser nos PME sur le territoire en jouant sur la performance, en nous démarquant, en gardant nos savoir-faire, en développant des expertises sur des produits à très forte valeur ajoutée, en innovant. » À l’entrée de l’entreprise, une vitrine présente des pièces ultra techniques conçues avec les fameux « super alliages » hautement réfractaires. Des bijoux de technologie exposés avec fierté.
■ Nathalie Faure



















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