À Monein, l’entreprise de peinture Tuheil déroule son savoir-faire sous la houlette de Laurence et Frédéric qui dirigent l’entreprise familiale créée en 1978 par leur père. Du sol au plafond, ils proposent un savant mélange de conseil, de technique, de produits innovants pour l’intérieur et l’extérieur. De la déco forcément haute en couleurs.
Sourire de connivence. Simplicité. Pas de fioritures entre le frère et la soeur. Pourtant leur domaine, c’est la déco et les détails soignés. Plus enclins à parler de leurs clients que d’eux-mêmes, Frédéric et Laurence Tuheil expriment une complicité pudique, fruit de longues années de travail en commun. La famille et le territoire – Monein – esquissent le fil conducteur de l’entreprise. Créée en 1978 par leur père, peintre de formation, puis rejointe par leur mère, Martine, la société s’est construite avec passion et engagement. Frédéric y entre comme apprenti à 16 ans et demi, puis part se former dans une école de décoration en Belgique. Il y apprend les associations de couleurs et le trompe-l’oeil (faux bois, faux marbre, faux stuc, patines), un artisanat d’art plutôt réservé aux monuments qu’il abandonne au profit d’autres techniques. « Avant, la peinture était basique, puis sont venues les peintures décoratives, la technique à la chaux, le tadelakt, la résine. Chez nous, on sait tout faire. » Laurence, de son côté, suit des études de commerce à l’ESC Pau, fait du contrôle de gestion à la CPAM de Bayonne puis à la mairie de Pau. Elle n’envisage pas forcément de rejoindre l’entreprise familiale, « je ne pensais pas qu’on avait besoin de moi », mais finit par s’y investir pleinement en 2000. Tous deux ont grandi dans cet univers où vie personnelle et professionnelle se mêlaient : « On apportait les devis quand on était petits », se souvient Laurence. « Et moi, j’adorais passer sur les chantiers », ajoute Frédéric. De la famille au territoire, du territoire à l’entreprise, il n’y a qu’un pas. Sponsor du club de rugby local le SA Monein, partenaire du handball à Luc, soutien de la Passem, l’établissement Tuheil affiche fièrement ses racines. « Il est important de participer à la vie locale. On est de Monein, on n’est pas de Pau », aime rappeler Laurence.
Transmettre et fidéliser
Avec 14 salariés et un chiffre d’affaires de 2,40 M€, l’entreprise du père s’est construite sur une culture de la transmission et de la formation en interne. Un sujet majeur qui préoccupe Frédéric. « L’ADN de l’entreprise s’est construit autour de l’apprentissage. Notre père y était très attaché, on essaie de faire perdurer cet esprit. Comment attirer les jeunes ? Les garder ? Les former ? C’est une question quotidienne. Il faudrait sensibiliser aux métiers dès le collège » souligne-t-il. Lui qui bosse depuis l’adolescence aimerait lever le pied « pour voyager, prendre du recul, prendre le temps, mais je n’ai pas encore reçu l’aval de ma soeur ! » plaisante-til. Sur le terrain, il continue le développement commercial, le pilotage des chantiers, le conseil aux clients, avec une vraie appétence pour l’esthétique et la décoration. Avec le savoir-faire en plus. Maniant les pinceaux et les brosses, il sait parler technique et déco. « Je n’impose rien, je laisse les clients choisir. » Pour s’adapter aux évolutions du monde du travail et pour fidéliser ses salariés, l’entreprise a aménagé les horaires, réduit la pause méridienne pour libérer les employés plus tôt, renoncé à travailler le samedi matin. La gestion, les RH, le contrôle en interne, les devis, c’est le domaine de Laurence. « Je fais tout ce qui n’est pas amusant ! », ironise-t-elle. Leur complémentarité sérieuse et fiable et le bouche-à-oreille ont bâti la réputation de l’entreprise.
De la couleur et des idées
Outre les peintures classiques, décoratives, premium, les papiers peints, les panoramiques, les revêtements de sols PVC, moquette ou parquet flottant, ils assurent aussi des chantiers d’isolation par l’extérieur. Une pluridisciplinarité portée par quelques chantiers emblématiques : le château Lamothe à Monein, de belles villas du quartier de Trespoey, de Bidart ou d’Hossegor, la rénovation de l’hôtel Bristol ou celle, en cours, de l’Hôtel de France, place Royale à Pau, réalisée avec un architecte d’intérieur. Ils peignent aussi des usines du bassin de Lacq, des banques, des entreprises, même si 60 % de leur activité concerne la rénovation pour les particuliers. Avec du conseil personnalisé et du temps accordé. « Une fois le devis validé, on prend le temps de choisir les couleurs, de tester, de réfléchir. Parfois, les clients hésitent, se chamaillent sur une couleur !… On sait se faire discrets ! » Le contexte international impacte tout le bâtiment : hausse des prix des matériaux, de l’énergie. « Après le Covid, on s’en est bien sortis. Les gens ont redécoré leur intérieur. Mais les crises suivantes ont ralenti la dynamique. » Malgré ce contexte, l’entreprise avance, motivée à faire bien plutôt que plus, fidèle à ses fondamentaux : des fournisseurs historiques et locaux comme Delzongle, des marques premium (Little Greene, Ressource, Farrow & Ball, Élitis, Arte, Casamance pour les papiers peints). En juin, Frédéric va endosser la vice-présidence de la section peinture de la Fédération nationale du bâtiment. Histoire de réfléchir au métier en étant au coeur de la mêlée. Normal, il a longtemps joué au rugby. En attendant, les établissements Tuheil continuent de peindre leur avenir, même s’ils n’en connaissent pas encore toutes les couleurs. Chaque année, ils cherchent de nouveaux jeunes à former. « C’est la meilleure école : celle où l’on transmet nos valeurs et notre savoirfaire. » Le ton juste, en somme.
■ Nathalie Faure



















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