Connu pour son implication au Pau Football Club, Yann Laporte-Fray, 32 ans, est aujourd’hui à la tête de Big City à Lescar. Un complexe multi-activités XXL qui comprend le Padel Ground et le Henri Food Court. Figure singulière, il incarne un bâtisseur local qui pense le développement économique comme une affaire de lien social.
Derrière son mètre 93, se cache un garçon « gentil mais coriace ». Lui qui a joué seconde ligne au rugby sait ce que le mot défense signifie. « Assurer la stabilité dans la mêlée et plaquer mes adversaires, ça me connaît ! » Pour ce fils de Bernard Laporte-Fray, président du Pau FC depuis 31 ans, il n’a pas été facile de s’affranchir de la notoriété paternelle. « J’ai dû affronter les jugements, les remarques désobligeantes… tout ça m’a rendu plus fort. » Son éducation, rigoureuse, « il fallait filer droit », le forge au mot « valeurs ». À 14 ans, j’étais pensionnaire dans un collège de curés d’Orthez. Durant toute mon enfance et mon adolescence, ma grand-mère paternelle a été très présente. J’avais besoin d’être « cadré » ! »
Le goût du challenge
Après le Bac, il suit un BTS de Management Commercial Opérationnel au lycée palois Saint- John Perse, cumule les petits boulots : « J’ai castré le maïs pendant les vacances d’été, travaillé dans une usine de carbone à Lacq, monté des chapiteaux pour Loc Expo… ». Après le BTS, il entre à l’école de commerce de Pau. Dans le cadre de ses études, il part six mois à Bangkok où il s’occupe de lancement de marques et gère des boutiques de crossfit, puis entre en alternance à la BNP Paribas sur la côte basque. Sorti de celle-ci, on lui propose un poste de directeur d’agence, à 28 ans : « J’ai toujours été le Gaston Lagaffe, le rêveur. Lorsque je suis devenu directeur d’agence, mes proches ont été agréablement surpris. »
L’appel du Béarn
« Il fallait que je revienne. Mon Béarn, ma famille, mes amis me manquaient. C’est là que mon père m’a donné l’opportunité de m’occuper de la communication, du marketing et du commercial au Pau Football Club qui venait de monter en ligue 2. J’ai pu enfin m’exprimer, montrer mon côté créatif et faire mes preuves. » Au contact de « cette formation BLF (Bernard Laporte-Fray, sic) », la « meilleure que j’ai reçue ! » Yann prend de l’assurance : « Depuis un moment, j’avais envie de créer ma propre affaire. Avec un ami du rugby, Antoine Hollande, on envisageait de monter un bar des sports avec une piste de padel dans l’agglomération paloise. C’est là que nous avons découvert à Lescar ces bâtiments, à l’abandon depuis 10 ans, dont les locaux avaient accueilli un ancien garage auto. C’était immense. J’ai donc repensé le projet en version XXL ! Mon business plan tenait la route, le Crédit Agricole a suivi. »
Un village dans la ville
Après des mois de labeur « entouré de mes amis d’enfance et de rugby qui n’ont pas hésité à mettre la main à la pâte sans compter leurs heures », Big City est devenu un véritable village dans la ville de Lescar. Un complexe multi-activités qui s’étend sur plus de 7 000 m2, déroulant un centre de padel pourvu de huit pistes, deux salles dédiées au team building et séminaires, le food court Henri « clin d’oeil au roi mais surtout à mon grand-père » et ses six échoppes culinaires. On y vient pour manger, mais aussi pour se retrouver, échanger, travailler, prolonger la soirée. L’adresse a rapidement trouvé son public, révélant un appétit local pour des concepts inspirés des grandes métropoles, mais adaptés à l’échelle paloise. Pour pérenniser le projet, les espaces restants ont été loués. « Nous ont suivi le Wolf Spirit CrossFit, dédié à l’amélioration de la condition physique ; l’espace Gaya qui regroupe soins esthétiques pour les boss ladies, soins du visage, prothésiste ongulaire, expertes en maquillage semi-permanent, coloriste, cours de yoga, danse cabaret et heels ; un pôle santé avec kinés, ostéo et éducateurs sportifs et le concept store Les Hommes ont La Classe. »
Toujours plus grand
Yann ne compte pas s’arrêter là. « À l’été 2026, on proposera de la cryothérapie. Il y aura aussi un sauna. Il reste encore un local pour monter une salle de spectacle de 250 places où j’aimerai accueillir des compagnies de théâtre, de danse, des expos, un Comedy Club pour compléter les événements déjà mis en place chez Henri (diffusion de matchs sur écran géant, apéro vide dressing, soirées à thème…). Big City demande beaucoup d’investissement, personnel et financier. Aujourd’hui, Henri compte quarante-sept salariés, le Padel Ground, cinq, et les bureaux, sept. Nous recevons en moyenne 2 500 personnes par semaine. Le chiffre d’affaires annuel s’élève à 7 millions d’euros sur tout le complexe ce qui n’était pas gagné pour une ancienne friche abandonnée qui réunit plus de six sociétés et plusieurs boîtes indépendantes. » Nourri au positivisme, à la performance, la détermination, la persévérance et à la résilience, Yann Laporte-Fray vit comme sur un grand huit mais garde la tête haute sur ses épaules carrées. « Dans ce projet fou que j’ai entrepris, je suis passé au-dessus du qu’en-dira-t-on. Mes piliers sont là : famille, amis, santé, travail. Et je remercie les gens qui croient en moi et me font confiance. Mes objectifs sont de réussir dans ma vie pro et perso pour avoir une vie stable et heureuse. » C’est bien parti.
■ Catherine Nerson



















0 Comments